Jusqu'au bout de l'Asie...

Clap de fin !

Du 22 au 29 mars 2013 / Europe du Nord

 

Toits d'une église orthodoxe, Kremlin, Moscou.

 

Après avoir parcouru 48000 km sans monter dans un seul avion, perdu une vingtaine de kilos à nous 2, arpenté les villes et campagnes de 7 pays asiatiques, fait des tas de rencontres et vécu tellement d'histoires, cela devait bien arriver. Une dernière virée, avant de baisser le rideau, dans quelques contrées Européennes : le froid glacial de Moscou, la découverte de Riga, capitale Lettonne, et de Stockholm, capitale Suédoise, et, enfin, une petite pause à Bruxelles, histoire de se sentir déjà un peu à la maison. Sans oublier quelques transports insolites (en Europe aussi, on peut avoir des surprises !) : un train Letton où la chaleur humaine à la Russe est toujours de mise, une traversée féerrique de la mer Baltique encore gelée, et un dernier train de nuit, entre Copenhague et Cologne où le système de chauffage était en panne ! 

 

Alors, pour une fois, mieux qu'un long discours, on vous propose une dernière salve d'images.

 

Les rives enneigées de la Moscova, Moscou, 23 mars 2013.
 
  Température extérieure : -14 degrès en moyenne !
 
 
 
Le monument de la liberté à Riga commémore la fin de l'occupation Russe en 1991.
 
  
La Daugava est encore entièrement gelée bien que nous soyons le 24 mars ; certains curieux se risquent même à la traverser à pied.
 
Riga, bâtiments de la vieille ville.
 
  
Le ferry pour la traversée de la mer baltique, liaison Riga-Stockholm en 15 heures.
 
Durant les 6 premières heures de traversée nous traversons le golfe de Riga.
Il est entièrement recouvert d'une couche de glace pouvant atteindre 10 cm d'épaisseur.
 
  
 
A l'arrivée en Suède nous naviguons plusieurs heures dans des canaux bordés de milliers d'îles pour rejoindre Stockholm.
 
 
 
  
 
Au sein de la vieille ville, quartier touristique de Stockholm.
 
Stockholm est une ville d'eau, composée de plusieurs îles.
 
Garde suédoise près du palais royal.
 
Grand'place, Bruxelles.

 

En guise de dernière phrase : MERCI !... à tous nos lecteurs fidèles, amis et familles, qui nous avez donné l'envie, au quotidien, de rédiger ce blog (et croyez nous, c'est du boulot !). 

Et qui sait, peut être @++, sur d'autres routes !!...

 

On vous embrasse ;) BYE BYE



Commentaires
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Publié à 17:47, le 27/03/2013 dans Europe, Avignon
Mots clefs : traversée mer baltiquerigabelgiquebruxellesmoscourussielettoniesuèdekremlin


Déambulations sibériennes

Du 16 au 22 mars 2013 / Transsibérien / Entre Beijing et Moscou

 

A l'ombre de l'hiver Sibérien

 

16 mars 2013 / 23h00 / gare ferroviaire principale de Beijing

Fait rarissime en Chine, nous montons à bord d'un train quasiment vide ! A tel point qu'on a failli le rater en nous trompant de porte d'embarquement (je sais, c'est une gare, pas un aéroport, mais c'est la Chine!) en suivant la foule vers une mauvaise voie ! A la fréquence d'un seul train par semaine, le rater eût été fort dommageable !

Mais nous montons bien à bord, accueillis par une provinitsa d'âge mûr, au sourire timide et à l'anglais similaire à notre russe : inexistant !

Nous prenons nos quartiers, agréablement surpris par l'aspect tout à fait récent de notre compartiment, davantage en tout cas que celui du transsibérien que nous avions emprunté il y a de cela 9 mois.

 

Lire "Moskva-Pekin" et comprendre "Moscou Beijing" !


Le train se met en route à l'heure prévue, et entame son long périple de 6 nuits et 6 jours, à travers la Mandchourie et la Sibérie. Nous sommes samedi soir, et n'arriverons à Moscou que le vendredi suivant. Nous avons du mal à trouver le sommeil malgré l'heure tardive. En effet, beaucoup d'excitation agite nos petites cellules grises : de l'excitation, d'abord, pour le fabuleux périple qui s'annonce ; de l'excitation, également, pour le retour prochain à la maison ; de l'excitation, enfin, car nous réalisons tout ce que nous aurons accompli lors de ces 10 derniers mois. Comme on ne sait pas trop si l'heure est au bilan du voyage ou aux perspectives d'une nouvelle vie, on va se contenter de savourer la fin de l'aventure, rendue plus douce par le rythme régulier du train prenant son temps, qu'un retour en avion nous ramenant brutalement aux réalités de notre quotidien.

 

Une rivière où la glace résiste encore un peu au dégel.

 

17 mars.

Depuis quelques heures, les paysages sont très enneigés et les cours d'eau gelés. Les champs à la tristesse hivernale laissent de temps en temps place à de grandes cités industrielles, d'où sortent de terre de gigantesques tours d'habitation pas très esthétiques. Un parfait exemple de l'urbanisation vitesse grand V de la Chine, où l'on construit sans trop se poser de questions, mais simplement parce qu'on a besoin urgemment de loger des travailleurs sur le point d'arriver sur de nouveaux chantiers, dans de nouvelles industries, au fond de nouvelles mines... Beaucoup de ces tours sont déjà sorties de terre, beaucoup sont en train, beaucoup sortiront encore. Pas de crise du BTP en Chine ! Autre illustration de cette frénétique activité de construction : les autoroutes suspendues. Peu importe la région, peu importe le relief, partout, de gigantesques poteaux de béton s'élancent vers le ciel et soutiennent une route perchée à 10 ou 15 mètres au dessus du sol. La Mandchourie ne fait pas exception, et cela fait déjà plusieurs heures que nous en longeons une, tout près de nous, qui ne semble jamais se terminer.

A Haerbin, le train marque son premier arrêt un peu long, d'environ une vingtaine de minutes. Nous prenons le temps de descendre nous dégourdir les jambes sur le quai. Quelques voyageurs Chinois montent dans notre wagon, ainsi qu'un jeune occidental en manches courtes ! Je le prends pour un militaire Russe, Lucy pour un touriste... Il ne fait pas encore très froid, aux alentours de 5 degrés. Notre provinitsa en profite pour jeter le charbon consumé par le samovar dans une grande poubelle située sur le quai, et qui se met immédiatement à cracher un sombre nuage de fumée.

 

  

 

18 mars.

Dans le transsibérien, les horaires d'arrivée et de départ de chaque gare sont indiqués sur des feuilles collées dans les wagons. Après lecture attentive du document, nous constatons que nous sommes censés arriver à la frontière à 3h30 du matin, puis quitter le poste Chinois à 7h00. Un doux espoir m'envahit : sans doute n'y a-t-il rien d'autre de prévu qu'un simple stationnement sur les voies entre 3h30 et 6h00, heure à laquelle les employés des frontières doivent commencer leur journée pour tamponner les passeports ? A 7h00, tamponnage terminé, on repart, direction le poste Russe ? En réalité, un peu plus de temps semble nécessaire pour tamponner des passeports puisque nous sommes bien réveillés à 3h30 du matin par la douce voix de notre provinitsa. Mais malgré l'heure anarchique, les fonctionnaires Chinois, emmitouflés dans leur uniforme bien chaud, se montrent forts sympathiques, et ne s'émeuvent en rien de nos têtes hirsutes ! Nous récupérons nos passeports tamponnés à 6h30, et repartons, comme prévu à 7h00, vers le poste Russe situé à quelques kilomètres.

Tout le monde ne s'appelle pas Gérard D., et l'entrée sur le territoire Russe, en ce qui nous concerne, est assez impressionante. Pas de difficultés administratives à l'horizon (ça change!), mais un défilé initerrompu d'employés des douanes, de maîtres-chien, et sans doute d'huiles haut gradées surveillant avec attention les procédures, auscultent sans ménagement les recoins les plus improbables du train, comme les faux-plafonds, les supports en bois des tringles à rideau, les dessous des radiateurs, et que sais-je ? Aucune odeur suspecte ne semble interpeller le sympathique animal reniflant nos bagages, pas même celle de nos chaussettes !!


Une fois cette petite danse douanière terminée, on nous fait descendre du train. Les techniciens vont amener les wagons dans un hangar pour changer l'écartement des boggies, dont la taille diffère entre les chemins de fer Chinois et Russes. A peine avons-nous posé le pied sur le quai que nous comprenons que nous avons changé de climat. Il est réellement Sibérien : -14 au thermomètre, le choc est rude. Pas question de traîner. Nous prenons juste le temps de traverser les voies pour rejoindre les rues de la petite ville frontalière afin de changer de l'argent et acheter quelques victuailles. Elle est bien calme en cette matinée glaciale. Quelques courageux viennent de-ci, de-là, effectuer quelques démarches bancaires, acheter quelques bricoles, ou boire quelques vodkas. Nous observons tout cela avec curiosité, en prenant garde de ne pas glisser sur le bitume rendu dangereux, car extrêmement glissant, par le gel. Un petit vent se lève, et la température devient glaciale. Nous filons nous mettre à l'abri dans le hall de la gare en attendant patiemment que les 3 heures nécessaires au changement des roues s'écoulent.

 

Pause rafraîchissante à la frontière sino-russe. Il fait -14° !

 

Ce poste frontière Sino-Russe semble implanté au milieu de nulle part, dans une zone particulièrement inhospitalière, malgré les rayons resplendissants du soleil qui tentent, en vain, de réchauffer l'atmosphère. A perte de vue s'étendent des champs gelés, sans doute mis en jachère pour l'hiver. De temps en temps, quelque part dans cette immensité sans fin, au milieu de rien, une cloture encercle... visiblement rien. A un autre endroit, un imposant bâtiment s'impose comme le centre administratif des lieux, mais d'où ne part ni n'arrive aucune route.


Une fois la chose faîte, nous remontons à bord. Tandis que je me dirige vers les toilettes situées au fond du couloir, un homme m'interppelle : « Bonjourrrr, je m'appelle Alexandrrrre » ; moi : « Oh ! Vous parlez Français !!?? » ; lui : « Petit peu », et m'invite à le suivre dans son compartiment. Il invite également le jeune homme que je prenais pour un militaire Russe, et qui est en réalité un touriste Autrichien. Petit, la quarantaine, bien portant, blond aux yeux bleus et rasé de près, Alexander communique avec une étonnante facilité, malgré ses 2 mots de Français et 3 d'Anglais. Très volubile, il me fait ainsi comprendre qu'il connait une chanson en Français, de l'époque de son enfance : « 1 kilomètre à pieds, ça use, ça use... ». Après un éclat de rire collectif, même si notre ami Autrichien ne comprend pas tout, il est temps de passer aux choses sérieuses : « Russian tradition » déclame Alexander. Il dégaine la vodka, le corned-beef réchauffé au micro-ondes dans le compartiment des provinitsas, et le pain. Je ramène ce que je peux trouver dans notre sachet à provision, en tentant de ne pas réveiller Lucy qui récupère de sa courte nuit. Un paquet de cacahuètes, du jus de pommes et divers grignotages. Très vite, la première bouteille de vodka est vide. Celle de jus de pomme est toujours pleine ! Face à cet alarmant manque de munitions, Alexander nous emmène au wagon-restaurant. Un quatrième personnage se joint à nous, Kiril, dont les explosions vodkaïques semblent plus modérées que celle d'Alexander.


A partir de ce moment-là, les heures ont dû s'écouler, en même temps que quelques bouteilles de vodka ont dû glisser dans nos gosiers...


19 mars.

Je vais prendre des nouvelles de mes compagnons de la veille. Comme moi, David, l'Autrichien, ne se souvient plus de grand chose, mais attaque déjà sa journée en tentant de suivre le rythme imposé par Alexander. Il me confie que ce dernier en est à sa 6ème bière depuis le réveil. Il est 10h00 du matin. « Russian tradition » !

On s'aperçoit également qu'Alexander a réglé quasiment l'intégralité de la note : il nous a offert un repas, et a également payé 4 bouteilles de vodka. Il refuse catégoriquement qu'on lui rembourse le moindre kopek. « Russian tradition ».

 

Au passage d'un village Sibérien

 

A la mi-journée, notre train s'arrête à Oulan-Oude où il ne fait pas trop froid, vers -5. Tandis que mon corps se remet péniblement des excès de la veille, nous commençons à longer le lac baïkal. Difficile d'exprimer les émotions ressenties à ce moment-là. D'abord, de l'admiration pour ce divin paysage hivernal, où le lac, immense et complètement recouvert de glace et de neige, est encastré au milieu de petites collines blanches, et sur les rives duquel, parfois, quelques petites maisons en bois et colorées, fleurissent au sein d'un village Sibérien. La neige recouvre tout, les habitants sont emmitouflés dans leurs vêtements chauds, en même temps que le soleil continue à briller de mille feux. Spectateurs attentifs et admiratifs au sein de notre douillet compartiment, nous n'oublions pas de profiter de chaque arrêt en gare pour descendre sur le quai afin de s'imprégner de cette glaciale atmosphère Sibérienne. Du souvenir également, pour nos premières aventures asiatiques il y a 10 mois, et en particulier pour ce trek de 4 jours effectué autour du lac, en autonomie, et qui reste un moment fort de notre voyage. Lorsque le train s'arrête quelques instants dans la gare de Slioudianka, celle là-même qui marqua, l'été dernier, la fin de notre marche, et la reprise de notre périple ferroviaire en direction d'Oulan-Oude, le souvenir se fait plus fort, plus intense et nous rappelle à quel point ce fut dur !

 

Le lac Baïkal ressemble à une mer de glace.

 

En fin de journée, c'est à Irkoutsk que nous arrivons. Nous aidons nos voisins de compartiment, une adorable babouchka et son mari Chinois, à descendre leur impressionnante quantité de bagages sur le quai. David aussi nous quitte. Les adieux sont chaleureux, émouvants, après ces quelques jours faits d'échanges et de partage passés en toute intimité. Alexander, lui, est totalement ivre, ce qui désespère notre dame, qui ne renonce pas, malgré tout, à lui faire la leçon.

Tandis que nous restons quelques instants sur le quai avant que le train ne reparte, Alexander remonte dans son compartiment, afin, sans doute, d'attaquer un long processus de récupération !

Irkoutsk, également, réveille des souvenirs. L'été dernier, il y faisait chaud. Nous y vivions nos premières émotions de voyageurs, et y faisions nos premières rencontres : JB, le bloggeur d'uniterre, John, l'homme de châteauneuf-de-Gadagne, parti, à l'époque, pour un périple en solitaire et à vélo, à travers la Mongolie, 2 ambulanciers australiens au Liverpool, l'un des pubs de la ville... Aujourd'hui, nous y faisons juste un court arrêt en gare, dans l'autre sens, celui du retour. La boucle est bouclée. Il fait -12, le quai de la gare est désert, le train va bientôt repartir. Lucy demande à notre provinitsa si on peut la prendre en photo : « Niet » ! Décidément, ces Russes !

 

Notre train à quai, gardé par les provinitsas.

 

20 mars.

La nuit fut tout à fait tranquille, douce, et infiniment reposante. Au petit matin, Alexander a repris ses esprits, et s'apprête à descendre à Krasnoïarsk. L'homme est transformé, frais comme un gardon, et s'excuse auprès de Lucy pour les excès dont il se sent la cause ! Nous tentons de le rassurer. « No no no, aucune raison de t'excuser, et merci pour ta générosité ! » « Russian tradition » !

Le train se vide de ses voyageurs. Nous ne sommes plus que 4 ou 5 dans le wagon. Il semble que ce soit la même chose dans les autres. Tous les jours, nous croisons un transsibérien « classique », celui qui effectue la liaison Moscou / Vladivostock. Celui-là, en revanche, a l'air beaucoup plus fréquenté.

Le ciel est un peu moins bleu que les jours précedents, ce qui n'enlève point de charme aux paysages que nous traversons. Les villages, encastrés dans de petites vallées surplombées par des collines enneignées, se succèdent. Le vert, le bleu, le rose des maisons sibériennes, se font une petite place à travers ces épaisses couches de draps blancs qui les recouvrent.

L'activité ferroviaire du frêt est intense dans la région, illustrée par l'important trafic de container. J'aperçois ceux de la CMA CGM, l'armateur avec qui nous étions à 2 doigts de rentrer en cargo, via l'océan indien, la région du golfe persique et la mer Méditérannée. Sans doute un petit clin d'oeil du destin !

 

Les villages de Sibérie sont composés essentiellement de petites maisons en bois. Gla gla !

 

21 mars.

Après avoir traversé quelques grandes villes dont nous n'avons rien vu, comme Novossibirsk et Omsk, la nuit dernière, la gare qui retient notre attention aujourd'hui est celle de Iékaterinbourg. En effet, cette grande ville Sibérienne se trouve à l'extrême sud des Monts de l'Oural. Une fois dépassée, nous serons en Europe.

Les journées deviennent très calmes. Et malgré leur inhabituelle longueur, puisque nous retardons notre montre chaque jour, elles sont bien remplies de diverses activités : le paysage retient toujours une grande part de notre attention. Le manteau blanc qui recouvre le pays s'étend maintenant depuis plusieurs milliers de kilomètres, et sa masse ne semble pas faiblir. Les températures sont toujours glaciales, il faisait -8 à Iékaterinbourg, et nous sommes le 21 mars ! Drôle de printemps ! Lire, regarder des films, rédiger le blog, manger et boire... du thé. Tout cela remplit bien nos journées.

 

Coucher de soleil en Sibérie.


22 mars.

C'est le dernier jour à bord. Ce soir nous serons à Moscou. Il fait toujours aussi froid, il y a toujours autant de neige et le ciel est toujours aussi bleu. Le train ? Toujours aussi vide ! Mais nous avons à faire : terminer la rédaction de cet article, et sélectionner les photos que nous souhaitons mettre en ligne.

A l'aller, le voyage de 3 jours et demi, de Moscou à Irkoutsk, nous avait semblé très long. 10 mois plus tard, après des milliers de kilomètres à bord d'une multitude de trains, nous pourrions prolonger encore le voyage au-delà des 6 jours prévus. Prendre le temps, comme nous le voulions au départ, n'est pas chose aisée. Il faut croire que nous y sommes parvenus.

 

Une église orthodoxe aux bulbes bleus !



 



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Publié à 11:41, le 16/03/2013 dans Au fil des rails, Siberia
Mots clefs : vodkatransmandchourientranssibérienmoscourussiechinebeijing


Kaléidoscope culinaire !

Février / Mars 2013 / Chine

 

Côté table, rien à dire, la Chine est vraiment au top ! Si on a su apprécier la cuisine épicée et raffinée du Sichuan, réputée dans le monde entier, ce deuxième séjour en Chine confirme la mention particulière pour la cuisine des Hui, les musulmans de Chine, sa diversité et ses pâtes fraîches malaxées à la commande dans tout le pays. Exceptionnellement je vous propose un petit tour d'horizon en images, sans commentaire. Sauf un : VIVE LA CUISINE CHINOISE !


 

 

Le saviez-vous ? Si dans la cuisine chinoise les aliments sont toujours découpés en petits morceaux, c'est principalement à cause du manque de combustible qui a sévit dans le pays pendant très longtemps. Le peu d'énergie disponible était essentiellement utilisée pour le chauffage. Ainsi coupés, les ingrédients cuisent rapidement et à feu vif.  C'est aussi la raison de l'invention et de l'utilisation du Wok qui permet de saisir et de cuire rapidement les aliments en répartissant la chaleur sur une grande surface...

 

 



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Publié à 07:43, le 15/03/2013 dans Chine, Chine
Mots clefs : soupesnouilles chinoisesspécilités des huicuisine au wokcuisine du sichuanchinegastronomieriz


Train chinois, visa russe, et réjouissances Pékinoises.

 

Du 6 au 16 mars 2013 / Pékin / capitale de la Chine

 

Le "nid d'oiseau" a été construit pour accueillir les JO de 2008. Il est au coeur d'un immense complexe olympique.


sluuuuuuuuuuurp... Miaaach miaaaach miaaaach...


6h30 du matin. Train Chengdu / Beijing. Nos voisines de couchettes au sein de notre compartiment sont déjà au p'tit déj. Et comme tout bon repas d'épicuriens Chinois, il se déguste la bouche ouverte ! C'est pour mieux apprécier les saveurs paraît-il ! Etrangement, nous avons réussi à nous habituer à ces mélodies de bouche, les ingurgitations de soupes et bouillons accompagnés d'un retentissant « sluuuuuuuuuuurp » rivalisant de concert avec la mastication de divers mets produisant une série de miaaarch miaaarch miaaarch atteignant le nirvana des décibels buccaux!


Mais là, il est tôt, et comme tout bon épicurien Chinois, le bruit, quel qu'il soit, fait partie du plaisir de l'existence. Quand il n'y a plus de bruit, en Chine, c'est qu'il n'y a plus de vie ! Alors, peu importe l'heure, pour nos voisines, c'est celle du p'tit déj.


Dans l'esprit des Chinois, il ne semble y avoir qu'un seul repas possible à prendre dans un train : le ramen. Cette espèce de soupe de nouilles aux saveurs chimiques et aux emballages colorées, ne passe pas inaperçue dans les rayons des supermarchés. Toute personne embarquant dans un train est donc inévitablement accompagnée de son ramen. Une fois les quelques sachets de produits déshydratés vidés sur les nouilles encore sèches, il suffit de rajouter de l'eau chaude, disponible dans tous les wagons, de laisser reposer 5 minutes, et de déguster le tout. Lorsque l'envie nous prend de varier les plaisirs, et de remplacer notre traditionnel ramen par un bol de patates déshydratées, le chemin aller-retour, de notre siège jusqu'à la source d'eau chaude du wagon, nous donne l'impression d'être de véritables bêtes de foire, sanction que nous nous infligeons à nous-mêmes, pour pas un kopek ! Mais là encore, nous nous sommes habitués à ces regards insistants, scrutant la moindre parcelle de nos personnes. Et pour un peu que madame soit un peu plus grande que monsieur, proche du mètre quatre vingt, et donc plus grande que la plupart des Chinois, le succès est garanti, et l'intrigue poussée si loin, bien au-delà du simple bol de patates déshydratées, qu'elle risque de déclencher de violents torticolis chez nos « admirateurs ». Les Chinois sont curieux et ne s'en cachent pas. Que ce soit dans un train, dans la rue, dans un restaurant, s'ils sont intrigués, ils le montrent ! Et le partagent bien souvent dans de grands éclats de rire !


Mais revenons à notre petit déjeuner ! Il est tôt, et certains se lèvent à peine. Cracher, par terre, partout, fait également partie du quotidien de l'épicurien Chinois, prêt à se laisser aller à tous les excès afin de soulager sa personne, sous les regards médusés d'occidentaux tels que nous, tentant de cacher leur curiosité (eux !). Mais à 6h30, il semble que le besoin de soulagement soit décuplé. L'(in)activité de tout une nuit est à dégager de la gorge. Alors, c'est bien profond que l'on va chercher le soulagement, et le raclement de gorge dure, dure, dure... Une fois le mollard constitué, il serait temps de penser à ce qu'il va devenir. Certains, plus précotionneux pour leurs voisins (bien difficiles à émouvoir de toute façon) que d'autres, s'en vont éjecter l'objet en train de mûrir sur leur langue baignée de salive dans la poubelle, au bout du wagon, proche des robinets où l'on se lave les dents, et de la source d'eau chaude où l'on se fait à manger ! D'autres, plus traditionnalistes, ne s'embarrassent pas autant, et font tranquillement glisser l'objet à l'extérieur de leur bouche, jusqu'au sol (couloir du train dans le cas présent), la chute étant amortie par un délicat filet de bave ! Et, en effet, pas grand monde ne s'émeut ! Quant à nous, on remet le p'tit déj à plus tard !

 

Vue sur le lac et le parc du Palais d'été, Beijing.

 

En Chine, les bambins ne portent pas de couche, mais des pantalons troués au niveau de l'entrejambe. Paradoxal, me direz-vous, puisqu'ils ne sont pas propres. C'est sans compter la vigilence extrême des parents, prêts à tendre n'importe quel récipient vide afin de collecter les substances liquides ou solides que leur juvénile progéniture s'apprête à éjecter de son petit corps. Mais alors... aucun accident n'est possible ? Un oubli de récipient ? Un réflexe un peu lent ? Un moment d'inattention où le regard se porte malencontreusement sur autre chose, par exemple sur une grande occidentale, que sur le bambin ???? ….. Si !!! C'est possible ! Conscient de cet état de fait, lorsque débarquent dans notre compartiment à couchettes la jeune maman et son adorable chérubin, accompagnés de la mamie et la tata, nous espérons que l'accident ne se produira pas. Espoir se transformant vite en désillusion lorsque le petit farceur se met à uriner à la surprise générale, surtout la nôtre, sans crier gare. Les premières effluves se répandent ainsi par terre, accompagnées des rires communicatifs de la famille ! « Et on nettoie pas là ?? Non !!! Ah bon, ça va sécher ?? Ah très bien ! » Naturellement, lorsque le même bambin se laisse aller, quelques heures plus tard, à l'évacuation de déchets organiques un peu plus solides, une fois l'écoeurante surprise passée, nous comptons sur notre joyeuse famille pour nous débarasser de ces quelques oublis ! Pas de problème, elles ramassent au sopalin, emballent le tout dans un sachet, oublient de se laver les mains, finissent d'essuyer le sol à la chaussure, et reprennent avec le même enthousiasme leur dégustation de cacahuètes dont les innombrables coquilles finissent par terre...


Déconcertant ? Toujours autant, malgré les quantités de trains que nous avons pris en Chine, et dans lesquels les mêmes anecdotes reviennent.

Tiens, le bambin a envie de pisser ! On court lui faire faire ses besoins... au dessus de la grande poubelle commune au wagon qui déborde déjà de cartons de soupes de nouilles arrosés de mollards matinaux...

 

Graff évocateur au sein de la "798 art zone" de Beijing.


La communication est difficile en Chine. Personne, ou si peu, parle anglais. Une fois l'intégralité de notre vocabulaire déblaterré avec fierté (environ 2 mots !), à nous de trouver de nouvelles astuces. Très facile en présence d'un enfant, la tâche s'avère plus ardue dans un environnement exclusivement composé d'adultes. Mais cette fois, nous avons de la chance, et comme notre bambin pisseur chieur semble apprécier les plaisirs de la vie, nous lui faisons don de quelques sucreries. Mi-effrayé, mi-intrigué par nos personnes, il reste méfiant, ce qui fait beaucoup rire ses anges gardiens. Et nous aussi par la même occasion ! Ne résistant plus, il s'emparre du petit gâteau, et le dévore. Dans un élan de générosité, nous en offrons à nos 3 madames, qui refusent poliment, comme à chaque fois que l'on offre une petite sucrerie à un Chinois. Ce n'est définitivement pas leur truc !


On approche de Beijing, et notre petite famille se prépare à descendre. Les adieux sont chaleureux, la promiscuité des lieux créant inévitablement une certaine complicité entre les voyageurs, pour le meilleur et pour le pire !

Des places sont libres, un jeune homme s'installe. En nous écoutant parler, il découvre que nous sommes Français, lui-même parlant un petit peu notre langue car ayant vécu au Togo où son père travaille. Il parle aussi très bien Anglais, nous confie qu'il fait des études de journalisme à Chengdu, et semble ravi d'échanger quelques mots avec des étrangers. Il semble aussi fier, comme beaucoup de jeunes Chinois avec qui nous avons l'occasion de discuter, que des occidentaux découvrent et parcourrent son pays. C'est ainsi qu'une nouvelle fois, nous recevons un sincère « welcome to China » !


A l'image de ce qu'il se passe dans un train, la découverte de la Chine s'avère déconcertante pour des occidentaux. Appréhender le quotidien des Chinois, c'est se heurter à des codes de conduite, des règles de vie, à l'opposé de ce que nous connaissons et de ce que nous sommes. Mais c'est également découvrir une culture d'une grande finesse à l'histoire si riche. On vous réveille tôt le matin avec fracas sans même se préoccuper de votre personne mais on vous salue et vous souhaite la bienvenue ! On vous expose quelques déjections peu ragoûtantes sous le nez, mais on vous propose une cuisine si raffinée ! On crache tout autour de vous dans la rue, mais on vous montre les arts chinois (martiaux et artistiques) avec toute la grâce qui caractérise leur pratique dans les parcs le dimanche... C'est peut-être cette tendance à la schizophrénie qui nous plait tant dans cette Chine, bien qu'elle exige un estomac solide !


Vue sur les toits de la cité interdite depuis les alentours.

 

Lorsque notre train arrive à Beijing, la nuit est déjà bien entamée. Nous constatons immédiatement que l'atmosphère s'est considérablement rafraichie. La longue file d'attente des taxis avance à un bon rythme, et nous sert de répétition générale avant d'annoncer notre destination à notre chauffeur. Les répétitions ont porté leur fruit, l'homme comprend immédiatement, et nous emmène « presque » à destination. Dans un même quartier, beaucoup de noms de rue, d'avenues, ou même d'impasses, se ressemblent. Le chauffeur lui-même est un peu paumé. Mais après y avoir mis toute sa bonne volonté, il semble que nous soyons arrivés. Il est minuit, et si nous pouvions écourter la balade, nous n'en serions pas malheureux. Pas de chance, ce n'est pas la bonne rue. Alors, on marche un peu, on se repère dans les rues encore animées à cette heure de ce quartier proche du centre, et on finit par trouver la bonne direction, bien aidés par un occidental qui semble résider dans la capitale Chinoise. Nous rejoignons donc notre auberge et ne tardons pas à nous coucher.

 

Romantisme du Palais d'été...

 

Dès le lendemain matin, jeudi 7 mars, nous filons à l'ambassade de Russie avec l'objectif d'obtenir un visa touriste en urgence, quitte à y mettre le prix, et ainsi attraper le transsibérien du samedi 9 en direction de Moscou. Doux rêve ! « Tourist visa ? If you don't live in Beijing, you have to wait for 2 weeks !  But you can have a transit visa in one hour ».

La matinée est un peu trop avancée, nous ne parviendrons pas à réunir les pièces nécessaires pour faire le visa de transit ce jour, nous nous assurons donc que nous pouvons le faire le lendemain.

Il n'est pas très difficile d'obtenir un visa de transit. Il suffit d'acheter tous ses billets de transport, entrant et sortant du pays, et que la durée du transit n'excède pas 10 jours. Nous filons donc acheter les billets de train pour le samedi 9, et achetons également sur internet des billets Moscou / Riga pour la semaine suivante.

Vendredi 8 mars, 9h00 du matin. Retour à l'ambassade de Russie. Surpris que les portes soient toujours fermées à cette heure, nous devenons carrément inquiets à 9h20, alors qu'aucun signe de vie ne semble animer le bureau des visas. Nous nous dirigeons vers un panneau d'informations, et découvrons avec stupeur parmi la masse de documents rédigés en 3 langues que le service des visas sera « exceptionnellement » fermé ce vendredi 8 mars ! Parfait !

Outre les dizaines d'euros perdues pour les échanges de billets de train, nous voilà « condamnés » à passer une grosse semaine à Beijing.

 

Impressions, "798 art zone", Beijing.

 

Comme si nous n'avions pas vu un ami depuis longtemps, et dont nous recroiserions la route de manière inattendue, ces retrouvailles avec Beijing, finalement, constituent une étonnante surprise. Très vite, ce n'est plus de « condamnation » dont on parle, mais d'une opportunité qu'on avait oublié d'inviter à notre table afin de prolonger notre séjour en Chine. Ainsi, nous pourrons découvrir ce que la capitale Chinoise nous avait caché l'été dernier, nous régaler pour une semaine supplémentaire dans les petits restaurans de la mégapole, et arpenter les hutongs de cette ville, reflet partiel d'un pays si riche dans ses cultures et ses populations, que l'on a appris à aimer, tout autant qu'il peut nous irriter, heurter nos consciences politiques, contrarier nos bonnes habitudes de savoir-vivre, fatiguer nos corps de sa surpopulation et ses climats capricieux. Par la même occasion, Beijing s'impose comme la dernière étape de notre périple asiatique. Même s'il nous reste la Russie, puis l'Europe à traverser, elle s'apparente à la fin de ce voyage, dénouement que nous n'attendions pas, qui s'impose de lui-même, comme dans une histoire logique d'un voyage au long cours, où les imprévus sécrètent leur dose d'excitation. C'est le début de la fin, que nous souhaitons heureuse, et dont nous allons profiter à fond.


Nous avons usé de tant de superlatifs dans les tentatives de descriptions que nous avons fait des endroits où nous nous sommes arrêtés, inspirés simplement en les regardant avec des yeux d'enfants, grands ouverts, émerveillés de toucher du doigt le dépaysement que nous étions venus chercher. Alors aujourd'hui, les superlatifs, on les a rangés dans le placard ! L'énumération de quelques sites, dont les seuls noms, tellement évocateurs, jouent eux-mêmes aux superlatifs, suffira : le palais d'été, étourdissant de gigantisme, calme et beauté (décidément je n'y arrive pas !) ; le sommet du petit parc jinghang, qui offre une vue... (allez, au placard!) sur la cité interdite toute proche ; le parc olympique, où les illuminations du « nid d'oiseau » et du parc aquatique scintillent dans la nuit pékinoise, et la vaste art-zone 798, dédiée à la création. 

 

  

La piscine oylmpique / Vue d'ensemble du complexe olympique.


On s'offre même une toile au mégabox, grand multiplex qui passe des films en version originale. Le premier de l'après midi, « a good day to die hard », commence dans 5 minutes. Plus enthousiaste que Lucy à l'idée de voir les derniers exploits du flic fou de New York, je la convaincs... Hélas, l'intrigue se passe à Moscou ! Avec l'intégralité des dialogues alimentant le mystère autour du complot en Russe, sous-titrés en Chinois, difficile de s'y retrouver. Heureusement, John McClane est là, pour nous rappeler au bon souvenir de la langue de Shakespeare : « I love you son, let's kill some fuckers ! » ou encore « my fuckin' vacations » entre une chute de 30 mètres à travers un échaffaudage et une salve de tirs de mitraillettes faisant trembler le sol de la salle ! No comment ...


Ce moment de poésie Ricaine passée, nous retrouvons la réalité Pékinoise. D'ailleurs, dit-on Pékin ou Beijing ? Et bien les 2 ! En réalité, « Pékin », c'est « Beijing » prononcé par les habitants du sud du pays, où les colons occidentaux étaient massivement présents il y a quelques siècles. C'est pourquoi le terme est resté, et demeure toujours dans certaines contrées, comme la France ! Mais, prononcé dans un bon mandarin, c'est bien « Beijing ».

 

Intérieur du Palais d'été, Beijing.


A part ça, que fait-on de nos journées ? On mange, bien sûr, tellement bien que la gastronomie Chinoise nous manquera, c'est sûr : des raviolis à la viande, des soupes de nouilles bien chaudes, des légumes, froids ou chauds, agrémentés de sauces toujours succulentes... On se balade aussi, sur la place Tian'anmen par exemple, où l'accès se fait sur contrôle des papiers d'identité pour tous les ressortissants Chinois ! Incroyable ! Cette place, depuis plus de 20 ans, n'est décidément plus un espace public comme les autres. On affronte également, entre 2 journées printannières, un climat capricieux, comme ces violentes tempêtes de sable venant du désert de Gobi. On lit les journaux, enfin, où la passation de pouvoirs des dirigeants a lieu. Nouveau président, nouveau premier ministre, les premiers à être nés après l'instauration de la République Populaire de Chine par Mao, en 1949. Mais ne nous y trompons pas, les seuls sujets abordés concernent l'économie et la poursuite du développement du pays, et les relations internationales avec les Américains, les Japonais et les Européens. Pour le reste, on verra plus tard... Ou pas !


Notre semaine s'achève, et nous sommes un petit peu tristes. Ce n'est pas seulement la Chine que nous quittons, ni seulement l'Asie, mais c'est un mode de vie qui s'arrête. Un mode de vie prônant la découverte, le nomadisme, les imprévus, et forcément le respect des peuples et des cultures qui nous accueillent, même si, parfois, leurs différences nous ont heurtés, choqués, bouleversés. Nous aurons plus appris sur le monde durant ce voyage qu'en 20 ans sur les bancs de l'école, et plus sur nous-mêmes qu'en quelques années de vie professionnelle. Il est temps de rentrer. Heureux d'avoir vécu toutes ces histoires que nous avons essayé de vous raconter. Enfin, nous allons revoir la famille et les amis. Dans 2 semaines. Ouf, d'ici là, nous avons encore le temps de vous en raconter quelques unes...

 

En chine, les nombreuses séances photos précédent de plusieurs mois le mariage.

 

 



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Publié à 17:22, le 11/03/2013 dans Chine, Pékin
Mots clefs : visa russe depuis beijingtrain en chinechinepékinbeijing


Les environs de Chengdu

28 février au 4 mars 2013 / Environs de Chengdu / Sichuan / Chine

 

 

Leshan et le Mont Qingcheng. 

2 petites virées en dehors de la grande ville. 2 sites incontournables de la région. 2 bonnes raisons de se frotter aux groupes touristiques Chinois, toujours nombreux même si la fin des congés du "spring festival" (vacances du nouvel an Chinois dont bénéficient tous les salariés et étudiants Chinois) tend à réduire la fréquentation des sites.

 

La "petite" ville de Leshan, à seulement 2 heures de routes au sud de Chengdu, abrite le plus grand bouddha du monde antérieur au XXème siècle !

La statue a été édifiée au VIIIème siècle au confluent de 3 fleuves dans le but de calmer les eaux de ces larges cours d'eau agités, et ainsi protéger les marins et la ville de Leshan. D'après la légende, sitôt la construction achevée, les eaux sont devenues sages... En réalité, l'impressionnante quantité de matériaux extraits de la falaise et reversée dans les eaux pour la construction du monument calmèrent naturellement le fleuve, permirent la navigation des bâteaux et empêchèrent de nouvelles inondations de la ville.

 

Avec des orteils de 5 mètres de long, le sage en impose !

 

Le bouddha de Leshan mesure 71 mètres de haut et 28 mètres de large. Il est taillé dans la roche et renferme un système complexe d'écoulement des eaux de pluie qui vise à en limiter l'érosion. Il a acquis son statut de plus haut bouddha du monde datant d'avant le XXème siècle après la destruction d'une statue Afghane par les talibans. Son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO date de 1996.

 

Vue sur le "bouddha park" et ses collines perdues dans la brume.

 

Si la statue reste le clou du spectacle, l'ensemble du parc qui l'entoure vaut à lui seul le détour. 1er site d'implantation du bouddhisme en Chine (le Taoïsme et le Confucianisme existaient déjà), il se situe au sein d'un parc forestier tout à fait grandiose, baigné par une mer de nuages, et dédié au culte du bouddha. Il est parsemé de statues, de pagodes, de temples et de caves où déambulent les pélerins. Ces derniers, comme nous, ont payé l'entrée, relativement chère. Comme dans la plupart des lieux de culte en Chine. Du coup, cela nous fait penser à un disneyland pour bouddhistes, où entre 2 célébrations de la pensée religieuse, "on" se précipite sur une boutique de souvenirs.

L'expression utilisée (disneyland pour bouddhistes) ne se veut absolument pas péjorative tant le site est somptueux. En revanche, elle amène une reflexion que nous nous sommes faits en le visitant : l'objectif des autorités, en faisant payer l'entrée de tous ces sites, est-il purement économique ou y'a t-il autre chose derrière ? Comme par exemple l'intention de désacraliser la pensée religieuse (ou philosophique), sans purement l'interdire, en organisant des visites où l'"on" suit un guide équipé d'un drapeau et d'un micro, et où l'"on" se prend en photo en se disant "j'y étais", plutôt que "j'y crois" ? Les "pélerins" Chinois seraient-ils davantage devenus des "consommateurs" de sites et attractions touristiques inspirés par la pensée bouddhiste, que de véritables pratiquants d'une religion ?  Enièmes questions, évidemment sans réponse, que nous inspire ce pays, décidément fascinant.

 

Landry auprès d'un "moine suprême" (et non pas un bouddha comme on l'a longtemps pensé).

 

Nous profitons de la visite en nous laissant bercer par le plaisir de la découverte de l'histoire Chinoise, de son riche passé, de son architecture traditionnelle dont les quelques traces encore présentes (temples et ponts dans ce parc) font echo bien involontairement à l'inexorable destin de ce pays, définitivement tourné vers la modernité, quitte à tirer un trait sur son patrimoine (si précieux pour nos yeux d'occidentaux), ou en le monnayant à prix fort. Alors, vu sa beauté, messieurs les dirigeants, autant le monnayer ! 

 

 

Pélerines tibétaines. Entre la mère qui porte vétements et bijoux traditionnels, de la robe-tablier aux

bottes fourrées, et la fille, en mini-jupe et blouson en skai, il y a un monde !

 

Et c'est exactement ce qu'ils font à Qingcheng shan (prononcez chingchengchan ! Très Chinois !!). 

Le Mont Qingcheng, au nord-ouest de Chengdu, est une région sacrée du Taoïsme Chinois. Les nombreux temples qui parcourent la montagne se marrient harmonieusement avec la nature, luxuriante, à travers laquelle une ascencion de quelques centaines de mètres est nécessaire pour atteindre le sommet. 

On s'attend donc à une sortie nature, sportive, sur des chemins difficiles, empruntés par des pélerins courageux et sportifs...

 

L'entrée du site "religieux"...

 

On accède à Qingcheng, depuis Chengdu, par un train ultramoderne et rapide. A l'arrivée, il n'y a pas vraiment de ville, ni de vie. Cela ressemble plus à une cité dortoir où les grues fleurissent un peu partout, donnant l'impression d'un vaste chantier dont l'objectif nous échappe encore.

Afin de nous trouver un toit, nous prenons la direction de la montagne toute proche. Le chauffeur du bus urbain semble nous assurer que l'on peut y dormir. Au bout de la route au bitume flambant neuf, une imposante porte à l'architecture Chinoise nous barre le passage, bien aidée par des tourniquets et des billetteries ! Le charme a déjà bien du mal à agir. Les groupes de touristes Chinois sont nombreux et leur tenue vestimentaire pour le moins déconcertante. Les hommes semblent sortir de rendez-vous d'affaires, et les femmes déjà apprêtées pour une soirée de gala.

Nous redescendons vers notre ville dortoir et nous mettons en quête d'un hôtel. Nous ne tombons que sur des resorts inabordables sans doute destinés aux "businessmen" et "jet-setteuse" croisés plus haut. Finalement, nous tombons sur ce qui semble être LA rue commerçante. Un hôtel s'y trouve. Après 30 bonnes minutes de tentative de communication avec la propriétaire, nous semblons tomber d'accord sur la location d'une chambre double pour 2 nuits à 120 yuans la nuit. Bizarrement, elle nous donne 2 clés, et 2 télécommandes pour le chauffage.

 

Paysage du mont Qingcheng.

 

Le lendemain matin, on enfile le matos : chaussures de rando, pantalons de baroudeurs, polaires pour temps extrême, bien décidés à affronter les difficiles reliefs Chinois. Nous payons notre droit de randonner (!) et pénétrons dans l'enceinte via l'imposante porte d'entrée. Tandis que les mètres et les minutes défilent au rythme de nos pas décidés, l'impression de parc d'attraction refait surface.

Indéniablement, les paysages montagneux et verdoyants laissant une longue trainée de nuages s'infiltrer dans les vallées, et évoquant tout le mystère de ces sites sacrés qui ont tant inspirés poètes et peintres Chinois, sont de toute beauté. Comme ces temples Taoïstes où un grand chevelu moustachu remplace un chauve bien portant aux longues oreilles comme figurine de vénération ! Mais je ne peux m'empêcher certains questionnements. Le défilé de mode des touristes Chinois continuent, les boutiques de souvenirs se succèdent et le balisage bétonné de la voie que nous empruntons évoque davantage une (auto)route qu'un sentier. Certes, comme à Leshan, l'UNESCO est venue poser quelques plaques "patrimoine mondial" sur le site, mais cela nécessite-t-il tant d'aménagements ? Ou là encore, d'obscures raisons politiques et idéologiques peuvent-elles expliquer cette transformation d'un site sacré dans les croyances Chinoises en "simple tour eiffel" ? 

 

Des sensations diverses parcourent mon esprit au moment de quitter les lieux : l'envie de respecter, en tant que visiteur, le tourisme qui se pratique chez les autres, mais aussi le besoin de s'interroger face à ce qui me semble être la mise sous sédatif d'un peuple face à sa culture, ses croyances, ses pensées et son patrimoine, en reléguant cette richesse intellectuelle et philosophique au rang de divertissement.

Hypothèse légèrement pessimiste teintée d'un soupçon de paranoïa vis à vis d'un complot étatique, je vous l'accorde !

 

Lucy, quant à elle, ne voit à travers ce tourisme que l'expression d'une nouvelle forme de distraction demandée par un peuple ravi de découvrir son pays. En effet, l'apparition d'une nouvelle classe aisée en Chine, et avec elle des envies nouvelles comme le sport et le tourisme, a contribué au fort développement de l'industrie des loisirs, inspiré par le modèle occidental. Etant donné les difficultés pour les ressortissants Chinois d'obtenir des visas et de se déplacer à l'étranger, ils pratiquent une certaine forme de tourisme de masse en Chine et profite de l'immensité de leur pays.

 

Les convictions religieuses profondes ne sont plus, depuis longtemps, enracinées dans la culture Chinoise, comme ce fut sans doute le cas il y plusieurs siècles. L'idéologie communiste a sans doute contribué a "athéisé" le pays au XXème siècle (officiellement, 80% des chinois se disent athés même si en pratique le culte des ancêtres, par exemple, reste assez présent). Mais aujourd'hui, il ne semble plus y avoir de pression sur les pratiques religieuses, à partir du moment où elles n'ont pas de velléités indépendantistes ! Ces groupes de touristes se déplaceraient donc joyeusement, en groupe, pour profiter simplement de quelques vacances à la découverte de leur patrimoine. Logiquement, les entrées sont donc payantes puisqu'il ne s'agit nullement de pélerinage.

 

De patrimoine, il en est question dans la ville voisine de Dujiangyan. En effet, depuis plus 2000 ans, cette ville possède un système d'irrigation qui a permis aux campagnes environnantes de devenir extrêmement fertiles. Le système, très ingénieux parait-il, fonctionne encore, et est classé lui aussi au patrimoine mondial par l'UNESCO. Malheureusement, nous arrivons bien trop tard en fin d'après-midi pour le visiter. En revanche, nous découvrons par hasard que la ville possède un quartier historique tout à fait charmant, qui nous rappelle Pingyao ou Dali, que nous avions visité l'année dernière. Architecture traditionnelle des bâtisses, canaux traversant la ville et surplombés de jolis ponts, grandes portes intégrées à des remparts et permettant l'accès en ces lieux bien conservés : voilà un panorama exquis pour une bien agréable balade !

 

Après avoir expliqué à notre petite propriétaire que nous n'occupons qu'une seule chambre, et que par conséquent nous ne lui paierons pas le double de ce que nous lui devons réellement, nous profitons de l'abonnement télévisuel de ce petit hôtel pour regarder la version Anglaise de CCTV, la chaine nationale. Au programme : les Japonais sont des envahisseurs (conflit au sujet des îles Senkaku), les moines Tibétains qui s'immolent par le feu sont des terroristes, retransmission en direct depuis Kunming de la pré-exécution des meurtriers du Mékong, et l'Europe est le nouveau tiers-monde (mon propos est légèrement exagéré sur ce dernier point !), le tout commenté de manière tout à fait partiale par des intervenants occidentaux ! Cela suffit ! Bonne nuit !

 

La Chine nous fascinait avant que nous ne la visitions. Elle nous fascine encore plus aujourd'hui. 

Alors que nous prenons la direction de Beijing, cette sensation ne nous quittera pas. Une relation je t'aime / je te hais, à propos de laquelle nous nous devons d'apporter quelques détails...

 

La vieille ville de Dujianyang avec ses vieilles portes, ses vieilles maisons et ses loupiotes est charmante.

 

 



Commentaires
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Publié à 13:59, le 10/03/2013 dans Chine, Sichuan Sheng
Mots clefs : condamné à mortconflit chine japontaoïsmemont qingchengbouddha géantleshansichuanchengdu


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Qui suis-je ?


Prendre le temps. Prendre le temps avec les gens, avec la vie, avec nous-même. Prendre le temps de découvrir des cultures, des langues, des coutumes. Prendre le temps d'apprendre des autres, d'apprendre à se débrouiller dans un environnement totalement inconnu, d'apprendre sur soi. Pour prendre ce temps, quel meilleur moyen que de se déplacer en train depuis Paris jusqu'au bout de l'Asie...

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