Jusqu'au bout de l'Asie...

Louang Namtha : la der des ders en Asie du Sud-Est

Publié dans Laos

Du 11 au 14 février / Louang Namtha / Nord du Laos

 

Maison de paysans dans les rizières jouxtant Louang Namtha.

 

D'abord rassurés par le mercure qui ne baisse pas, nous faisant ainsi gagner quelques jours de chaleur avant de rejoindre des contrées moins "short-tongues", nous sommes très vite heureux de notre décision de venir attendre à Louang Namtha, l'accalmie touristique et vacancière chez le grand voisin Chinois après les célébrations de la nouvelle année, mettant à l'honneur le serpent ! Nous ne le savons pas encore, mais nous aurions dû attendre bien plus longtemps...

 

Louang Namtha donne l'impression d'avoir été plantée au milieu de nulle part, d'être loin de tout, et de vivre à son rythme. Impression tendant certainement à diminuer depuis que les Chinois (encore eux !) sont venus construire leur propre axe de communication dans le Nord Laos afin de relier rapidement la Thaïlande par voie terrestre. La route en question, d'une largeur respectable (!), traverse Louang Namtha. Un grand axe traversant une paisible bourgade, cela a des airs de far-west, de diligences qui percent le silence de la "grand-rue" et de chevaux sauvagement éperonnés. Ici, les diligences sont des tractopelles, les chevaux des berlines, et si l'or tombe du ciel, dans le far-north Laotien, on sait qui va le ramasser ! Pas de quoi perturber les habitants pour qui il en faut sûrement plus avant de troubler le quotidien, entre la réparation d'un scooter et la préparation d'une divine soupe de nouilles !

 

De nombreuses ethnies montagnardes vivent dans les alentours de Louang Namtha. Des Hmong, des Laotan, des Akha, après plusieurs heures de marche depuis leur village montagnard, défilent dans les rues et marchés de la ville en exhibant leur superbe costume, afin de vendre leur production agricole et leur artisanat. Ces dames des ehtnies ne se privent d'ailleurs pas pour déambuler dans les guesthouses à la recherche du touriste prêt à leur acheter leurs bijoux... ou leur opium qu'elles cultivent dans le plus grand secret (de polichinelle !) et qu'elles proposent entre 2 bracelets, en parlant très très très très très doucement, et se parant d'un sourire malicieux sur le visage !

 

   

Vendeuses d'artisanat Akha. Elles portent une coiffe particulièrement majestueuse, noire et recouverte de plaques argentées.

Les grosses pièces en argent sont presque toutes françaises et datent de la colonisation. On a pu en voir certaines datant de 1890 !

(Le "protectorat" du Laos a été officialisé en 1886 face aux vélléités de l'empire Siamois).

 

Nous nous procurons une carte de la région auprès de notre guesthouse qui, bien que manquant de précision, nous indique les emplacements de ces villages de minorités. Nous nous décidons à partir explorer l'ouest de la petite ville : une route goudronnée nous sert de sentier, et traverse la campagne où de verdoyantes rizières s'étendent du nord au sud, axe qui nous permet de rejoindre 2 grands stuppas perchés sur des collines et qui nous servent de repères. Malgré quelques approximations de directions et un trajet de retour traînant en longueur (traduction : on s'est perdu !), cette petite balade au soleil nous aura permis de faire quelques rencontres inattendues.

 

Depuis le stuppa, vue sur la petite bourgade de Louang Namtha.

 

Stuppa proche de Louang Namtha _ pas si proche en fait !

 

Comme celle avec le gardien de ce grand stuppa à l'intérieur duquel il nous fait pénétrer afin d'y admirer un bouddha. En sortant, je me cogne le crâne avec une violence inouïe (n'ayons pas peur des mots !!!) sur l'armature de la porte. Notre homme, bienveillant, s'approche de moi.  Il porte alors sa main sur ma tête et se met à lentement masser la zone du choc en récitant une prière. Puis il enlève sa main, y crache dans la paume comme pour conjurer le mauvais sort, puis retouche mon crâne (!) et masse à nouveau en répétant ses incantations. Cela dure quelques secondes, mais cela ressemble à l'éternité pour le cartésien que je suis. Une fois sa main définitivement enlevée, toute douleur a disparu... Puissance du psychisme ou magie du bouddhisme ?

 

Notre homme tient à nous garder : il nous fait admirer sa tortue qu'il garde précieusement à l'abri du soleil, nous remplit notre bouteille vide d'une eau... Enfin, c'est l'intention qui compte !! Puis nous indique la direction à suivre afin de rejoindre le second stuppa, qui s'avèrera être à une bonne heure et demie de marche.

Comme celle aussi avec ce grand père tressant des paniers en osier à l'ombre de la maison familiale en bambou, son (tout) petit-fils à ses côtés gazouillant ses premiers mots de Laotien ! Sans doute les parents de l'adorable nouveau-né sont au turbin quelque part dans les champs, pendant que le grand père, très fier de sa descendance, nous permet de prendre le chérubin en photo, et tente de se lancer dans un début de conversation. Tentative de communication rapidement vaine, mais qu'importe, là encore, c'est l'intention qui compte !

 

 

 Un grand-père Lao tresse un panier pour cuire le riz gluant tout en surveillant son adorable petit fils.

 

 

Paysages de rizières, de cabanes en bambou plantées au milieu des champs, défilé d'écoliers en costume avalant les kilomètres à vélo sur ces routes de campagne, villages de minorités pratiquant divers artisanats comme la fabrique de papier. Errant dans cette atmosphère campagnarde, on se croirait perdus au milieu de nulle part, et on en oublierait presque que nous sommes en réalité à quelques encablures de l'une des principales villes Laotiennes. Décidément, ce pays est à part, avec son urbanisation limitée et son mode de vie très rural.

   

Un petit garçon attend son papa qui travaille dans un champs à côté.
 

Les impressions sont les mêmes en allant explorer l'est de la ville en vélo. Cette fois, nous nous écartons de la route afin d'emprunter des chemins de terre reliant les villages. L'artisanat demeure, mais la place manque pour les rizières dans ce paysage proche de la jungle. Alors, on compense par l'élevage : porcs, poulets, buffles croisent notre chemin et offrent une distraction bien ludique aux enfants qui rentrent de l'école. Mais ne rêvons pas, le tableau n'est pas idyllique : plus on s'enfonce dans la campagne, plus la pauvreté sévit et les conditions de vie sont précaires. 

 

  

C'est l'époque de la fabrication du papier. A partir du bambou, les femmes fabriquent une pâte

qu'elles étalent en couches successives sur une grande toile avant de le mettre à sécher au soleil.

Très épais, il est réputé pour sa qualité et s'exporte souvent pour des marques de commerce équitable.

 

 

 

Eternel dilemme pour un pays qui conserve ses traditions et son mode de vie, qui nous offre de merveilleux moments de dépaysement, mais qui ne permet pas encore à sa population rurale d'embrasser la voie du développement et de voir ses conditions de vie s'améliorer. L'agriculture (riz, opium, maïs, coton, tabac) demeure le principal secteur d'activité du Laos, et si les infrastrucutres se développent doucement, il est toujours l'un des pays les plus pauvres du monde, pendant que ses voisins prennent le train de la croissance en marche. Les régimes communistes Chinois et Vietnamiens ont ouvert leur économie aux marchés, aux investissements étrangers il y a quelques décennies. La démarche est très récente au Laos, et si les envahissants "amis/alliés" Chinois imposent leur omniprésence, les retombées pour la population Laotienne se font encore attendre. C'est aussi pour ces raisons que ce pays est encore si différent de ses voisins plus "démocratiques" Cambodgiens et Thaïlandais, et de ses "alliés" communistes Chinois et Vietnamiens. Dans un monde qui tend à s'uniformiser, cela ne durera certainement pas. Sans doute peut-on le souhaiter pour l'amélioration du niveau de vie de ses habitants. Mais puissent-ils ne pas perdre leur identité et leur nonchalance qui font du Laos et des Laotiens un pays et un peuple vraiment à part en Asie. 

 

Ecoliers de retour de l'école, Louang Namtha.

 

Le grand voisin Chinois, il est temps pour nous de le retrouver. Nous mettons donc cap au nord, en direction de la frontière sino-laotienne, à une cinquantaine de kilomètres de Louang Namtha, où la mystérieuse ville de Boten nous attend... 

 

Jeune femme "Lantène" vendant de l'artisanat local, en particulier des écharpes en soie.
La soie du Laos, naturelle et tissée à la main, est réputée danns le monde entier pour sa qualité.
 
 
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Publié à 15:14, le 16/02/2013 dans Laos, Louang Namtha
Mots clefs : fabrication papierartisanat laoslantènehmongakhalaotanlouang namthalaosminorités ethniques


'tention !!!

Publié par Brice et Anne, le 24/02/2013 à 00:40
'tention Landry!! tu vas y laisser la tête!! ;-) J'espère que ton crâne va mieux. Le grand-père et son petit fils sont très touchants. Bises
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ouahou .....................

Publié par papajolipapa, le 24/02/2013 à 17:51
Toujours de l'émotion, et dans le texte, et dans les photos, mais aussi dans l'imaginaire.
Ils sont mimis les petits types...........
bisous
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Coucou!

Publié par Aude, le 24/02/2013 à 20:01
Merci pour la recette miracle du crachat dans la main, je vais essayer la prochaine fois que Jeanne se cogne!!
Bon courage avec vos amis chinois!
Bisous
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aouch!

Publié par Hélène, le 25/02/2013 à 13:22
'faut arrêter de critiquer les Chinois, ça va mal finir cette histoire. Landry donne moi une adresse je t'envoie du shampoing illico presto!
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Prendre le temps. Prendre le temps avec les gens, avec la vie, avec nous-même. Prendre le temps de découvrir des cultures, des langues, des coutumes. Prendre le temps d'apprendre des autres, d'apprendre à se débrouiller dans un environnement totalement inconnu, d'apprendre sur soi. Pour prendre ce temps, quel meilleur moyen que de se déplacer en train depuis Paris jusqu'au bout de l'Asie...

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