Jusqu'au bout de l'Asie...

Boten, mais qui es-tu, mais où sommes-nous ??

Publié dans Laos

14 et 15 février 2013 / Quelques heures à Boten / Frontière Sino-Laotienne

 

Cela commençait mal ! Nous n'avions pas encore quitté Louang Namtha que le chauffeur du minibus nous demandait un bakshich, alors que nous avions déjà acheté nos billets au guichet de la gare routière. Il faut dire, la foule ne se précipite pas pour emprunter ce transport en direction de Boten. A tel point que le bus public reste à quai, et que la gare fait appel à un minivan privé pour prendre en charge les voyageurs. 

Renonçant à contre coeur à son "petit supplément", le chauffeur se met en route lorsque 2 Laotiennes nous rejoignent pour effectuer le trajet. Bien leur en a pris, cela devrait calmer les ardeurs de notre homme à nous soutirer un conséquent supplément et lui permettre de rentrer dans ses frais.

 

Les bornes sur le bas-côté de la route n'indiquent pas les kilomètres restants pour Boten, mais pour la frontière Chinoise. La ville frontalière étant censée se trouver un kilomètre avant le poste frontière.

8 kilomètres avant celui-ci, nous traversons un petit bourg. Notre chauffeur souhaite nous faire descendre là, sous prétexte qu'il n'y a pas d'hôtels à Boten, et qu'il est trop tard pour rentrer en Chine. 

Devant cette mauvaise foi apparente dont le seul but semble être l'économie d'un soupçon de carburant, d'une larme de temps, et peut être aussi le brin de vengeance prévisible après un refus de bakshich, un léger doute nous envahit malgré tout : lors de nos rapides recherches la veille, nous n'avons pas été en mesure de trouver des informations d'hébergement à Boten. Difficile à croire, puisque la ville est censée être le Las Vegas Laotien ! Nous feignons l'étonnement et demandons à notre homme de continuer. Quelques mètres plus tard, nous arrivons à des barrières de douane. L'homme râle à nouveau. Entre l'incertitude de ce qui nous attend à la frontière et la lassitude qui s'empare de nous face à l'attitude de ce chauffeur, nous descendons.

Un convoi de berlines immatriculées en Chine arrive au poste de douane. Nous leur demandons s'il y a des hébergements à Boten... "Bien sûr !" L'enfoiré !

 

Nous dégotons alors un tuk-tuk qui accepte de nous y déposer. Les derniers kilomètres de la route moderne construite récemment par les Chinois traverse la jungle. Comment imaginer un Las Vegas à cet endroit ? En approchant de la petite ville, nous apercevons d'imposants bâtiments aux couleurs vives s'extirpant avec aisance du paysage luxuriant du Nord Laos. Nous arrivons enfin dans ce que nous croyions être le coeur de la cité. Nous sommes alors surpris par le calme ambiant. Personne ne circule dans les rues, les herbes sauvages envahissent les bas- côtés des artères goudronnées, 2 ou 3 bouis-bouis sont ouverts, mais déserts ! Ce n'est pas possible, il doit bien y avoir un centre-ville...

Notre tuk-tuk nous dépose à l'entrée d'un gigantesque hôtel dont la façade rose bonbon semble flambant neuve. Le hall de l'hôtel est désert. Nous sortons la jeune réceptionniste de sa torpeur. Elle nous annonce un prix en Yuan Chinois. Nous sommes toujours au Laos que diable ! Sans doute pouvons-nous payer en Kip Laotien ? Certes, nous le pouvons. Seul problème, nous n'en avons plus suffisamment ! La devise qu'il nous reste est le Bath Thaïlandais. Nous partons alors en quête d'un bureau de change ou d'un distributeur automatique. Cela devrait être facile à trouver dans la ville Laotienne du jeu ...

 

Notre hôtel, immense bâtiment rose dont nous sommes les seuls clients !

 

Nous arpentons des rues désertes. Seuls quelques aboiements de chiens parviennent à troubler le silence ambiant. Certains bâtiments, aux peintures fraîches, semblent être à peine sortis de terre, mais laissent apparaître un flagrant manque de finition. D'autres, au contraire, ont l'air abandonnés et complètement défraichis. Nous pénétrons dans un hôtel-casino dont le hall est allumé. Des chaises s'entassent dans un coin, des rideaux sales cachent tant bien que mal l'accès à certaines pièces où moisissent pas mal de fournitures diverses dans un sacré fatras. Pourtant, il y a bien une réceptionniste. Elle nous indique qu'elle ne fait plus de change.

C'est dans une rue manquant cruellement d'activités citadines, d'enfants qui jouent, de femmes qui font du shopping et de Chinois crachant par terre (!) que nous finissons par croiser l'un des rares représentants de la vie sur terre dans cette ville : Je montre à l'homme en question ma carte de crédit et lui mime le geste du retrait d'argent. "oh no no no no no..." me dit-il en effectuant un grand geste du bras semblant signifier que je ne trouverai rien ici.  

 

Une rue de Boten à l'heure de pointe !

 

Finalement, après avoir cherché en vain pendant une bonne demi-heure une trace, même minime, de services bancaires et financiers, nous abandonnons. Sur le chemin du retour la tenancière passablement éméchée de ce qui semble être un établissement plus ou moins en activité de livraison de plateaux repas, accepte de nous changer 1000 baths. Nous nous retrouvons avec 200 yuans, suffisants pour payer la nuit d'hôtel et manger. 

 

Le crépuscule tombe sur la ville tandis que de rares éclairages ne nous permettent pas d'y voir à 5 mètres. Nous rejoignons alors l'artère principale qui traverse Boten et mène à la frontière. Quelques commerces de frippes chinoises sont ouverts... et déserts eux aussi. Un premier restaurant refuse de nous servir, sans que l'on sache trop pourquoi. A l'intérieur, un groupe de bruyants Chinois semblant apprécier la bière locale apporte un contraste saisissant avec l'atmosphère atone de la ville. L'établissement voisin accepte de nous servir... dans un enthousiasme très intériorisé ! Boten est déserte et ils rechignent à recevoir les rares clients ! 

Nous dégainons nos sourires les premiers et déridons nos hôtes. L'ambiance se détend et nous retrouvons avec joie les saveurs de la cuisine chinoise. L'horloge du restaurant indique l'heure... chinoise. Nous payons en monnaie... chinoise. Et regardons un programme télévisé... chinois bien sûr. Pourtant nous ne sommes pas encore en Chine, mais nous ne sommes plus vraiment au Laos. 

 

Sorte de no man's land éteint dont on ne saurait dire s'il a un avenir radieux ou un passé subversif, s'il se construit une destinée ou porte les stigmates d'un temps révolu, Boten nous met d'abord mal à l'aise. On se demande où est-ce qu'on a mis les pieds ? Ce que l'on fait dans cette ville fantôme, abandonnée, quasi morte ? La surprise est de taille quand on s'attend à trouver une ville frontalière dynamique, tenter le jackpot sur une ou deux machines à sous, ou simplement s'adonner à des activités urbaines normales comme retirer de l'argent, croiser des gens ou juste observer la vie qui s'écoule. Ici, la vie est rare, et le silence s'engouffrant dans ses rues désertes dominées par d'austères bâtiments tout ausi déserts, est un peu angoissant. De plus, pourquoi l'influence Chinoise (monnaie, fuseau horaire, programme télé) se fait tant sentir alors que nous sommes toujours au Laos ?

Puis elle aiguise notre curiosité, notre envie de comprendre ce qu'il se passe ici : quel est ce mystère entourant cette ville ? Alors, c'est sûr, dès qu'une connexion nous permettra d'en savoir plus, nous ferons chauffer nos moteurs de recherche !

 

Le lendemain matin, tandis qu'une brume épaisse a recouvert la petite ville toujours plongée dans son coma artificiel, nous prenons la direction de la frontière. Le poste Laotien, sous un stuppa doré, se limite à quelques bureaux dans une cabane en bois. C'est sommaire, et contraste avec l'ultra-moderne poste Chinois quelques centaines de mètres plus loin : bâtiment design à l'architecture originale, lecture électronique des passeports, contrôle des bagages comme dans un aéroport, et quelques mots d'accueil en Français (après un petit interrogatoire sur nos projets dans le pays !) de la part d'un gradé sans doute un peu surpris de voir débarquer 2 Européens à une frontière terrestre (ben ouais, on est censé avoir des billets d'avion) ! Mais cette fois, nous rentrons pour de bon en Chine. C'est à Mohan, la ville frontalière, que démarre notre contre-la-montre. 17 jours pour rejoindre le Nord-Ouest du pays, faire un visa, et rentrer au Kazakhstan. Délai à priori suffisant... A priori...

 

En route vers la Chine... la vraie !

 

 

Le poste frontière Laotien / Le poste frontière Chinois

 

Note : Après quelques recherches, nous avons pu nous informer sur l'histoire de Boten.

En 2004, le gouvernement Laotien a voulu imiter son voisin Chinois en créant une ZES, une Zone Economique Spéciale. Ces zones, en Chine, sont le moteur de la croissance et le symbole de l'ouverture de l'empire du milieu au capitalisme. Par le biais d'un système fiscal avantageux pour les entreprises, étrangères notamment, celles-ci s'y implantent en masse, attirant ainsi des millions de travailleurs, créant des millions d'emplois et aboutissant à l'avènement de gigantesques mégapoles comme Shenzhen, Chongqing, ou le quartier de Pudong à Shanghaï.

C'est ainsi que le gouvernement Laotien a cédé Boten a des investisseurs Chinois qui ont souhaité en faire la ville du jeu au Laos, les jeux d'argent étant interdits en Chine, excepté à Macao. Des milliers de clients Chinois en provenance de la province voisine du Yunnan ont commencé à affluer en masse. Les hôtels casinos de la ville se sont mis à recruter et former des travailleurs en provenance de toute l'asie du sud-est aux métiers de l'hôtellerie et du jeu. Mais très vite, la ville est devenue une zone de non-droits, loin des règles et des polices. Abandonnés aux triades chinoises, les lieux étaient devenus une plate forme du crime organisé. Le gouvernement Laotien a alors réagi en fermant le grand casino début 2012 mettant ainsi fin à l'histoire de Boten comme capitale du jeu au Laos. En attendant sa réorientation vers le commerce et le tourisme, Boten est une ville économiquement morte.

Quelques liens retraçant l'étrange histoire de la ville dans le temps :

- http://aquarium-asia.over-blog.com/article-33370628.html

- http://www.liberation.fr/grand-angle/010199641-laos-vegas

- http://www.jeuxcasino.com/casino/news/543-le-laos-ferme-son-casino-boten

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Boten

- http://talent.paperblog.fr/5450832/laos-plus-de-casinos-chinois-dans-le-boten/

 

 

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Publié à 15:50, le 23/02/2013 dans Laos, Ban Botèn
Mots clefs : mohanfrontière sino laotiennelas vegas laotienbotenlaoscasinochineville fantôme


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Publié par Aude, le 25/02/2013 à 23:38
Ambiance particulière, effectivement... Avions trouvé un coin similaire, à quelques km de Boten, juste avant notre accident... Des rues désertes, peu d'enthousiasme à accueillir les touristes... Mais nous avions été moins persévérant que vous, et avions fini par rebrousser chemin, pour s'encastrer dans un camion (chinois!!) sur une route de montagne! On pense fort à vous, dans votre course jusqu'à la prochaine frontière... (À priori...?) bisous!
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Publié par Mayette, le 26/02/2013 à 09:14
Après la paisible Louang Namthan,la mystérieuse Boten.!!

Vos émotions n'en finissent plus ....les nôtres ne peuvent en être autrement !
bises à vous partager
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Bon anniv Landry!!!

Publié par Hélène, le 26/02/2013 à 09:30
y a des lycées hôteliers en Chine?
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coucou

Publié par camille, le 26/02/2013 à 10:39
Lulu et Landry en mode "Silent Hill" !!!! ça fait flipper
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@ LN!

Publié par landry, le 26/02/2013 à 11:23
Salut Hélène !
Merci beaucoup d'y avoir pensé !!

En fait, ce ne sont pas des écoles hôtelières, ce sont les casinos et les hôtels qui formaient les jeunes thaï, laotiens ou cambodgiens qui venaient travailler là aux métiers de croupiers ou groom, réceptionniste ou serveur.
Après, il y a peut être (et sûrement !) des écoles hôtelières en Chine !

Bises.
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Publié par C'est moi, le 1/03/2013 à 17:42
BIentôt kung fu panda ?

Dad
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