Jusqu'au bout de l'Asie...

Les environs de Chengdu

28 février au 4 mars 2013 / Environs de Chengdu / Sichuan / Chine

 

 

Leshan et le Mont Qingcheng. 

2 petites virées en dehors de la grande ville. 2 sites incontournables de la région. 2 bonnes raisons de se frotter aux groupes touristiques Chinois, toujours nombreux même si la fin des congés du "spring festival" (vacances du nouvel an Chinois dont bénéficient tous les salariés et étudiants Chinois) tend à réduire la fréquentation des sites.

 

La "petite" ville de Leshan, à seulement 2 heures de routes au sud de Chengdu, abrite le plus grand bouddha du monde antérieur au XXème siècle !

La statue a été édifiée au VIIIème siècle au confluent de 3 fleuves dans le but de calmer les eaux de ces larges cours d'eau agités, et ainsi protéger les marins et la ville de Leshan. D'après la légende, sitôt la construction achevée, les eaux sont devenues sages... En réalité, l'impressionnante quantité de matériaux extraits de la falaise et reversée dans les eaux pour la construction du monument calmèrent naturellement le fleuve, permirent la navigation des bâteaux et empêchèrent de nouvelles inondations de la ville.

 

Avec des orteils de 5 mètres de long, le sage en impose !

 

Le bouddha de Leshan mesure 71 mètres de haut et 28 mètres de large. Il est taillé dans la roche et renferme un système complexe d'écoulement des eaux de pluie qui vise à en limiter l'érosion. Il a acquis son statut de plus haut bouddha du monde datant d'avant le XXème siècle après la destruction d'une statue Afghane par les talibans. Son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO date de 1996.

 

Vue sur le "bouddha park" et ses collines perdues dans la brume.

 

Si la statue reste le clou du spectacle, l'ensemble du parc qui l'entoure vaut à lui seul le détour. 1er site d'implantation du bouddhisme en Chine (le Taoïsme et le Confucianisme existaient déjà), il se situe au sein d'un parc forestier tout à fait grandiose, baigné par une mer de nuages, et dédié au culte du bouddha. Il est parsemé de statues, de pagodes, de temples et de caves où déambulent les pélerins. Ces derniers, comme nous, ont payé l'entrée, relativement chère. Comme dans la plupart des lieux de culte en Chine. Du coup, cela nous fait penser à un disneyland pour bouddhistes, où entre 2 célébrations de la pensée religieuse, "on" se précipite sur une boutique de souvenirs.

L'expression utilisée (disneyland pour bouddhistes) ne se veut absolument pas péjorative tant le site est somptueux. En revanche, elle amène une reflexion que nous nous sommes faits en le visitant : l'objectif des autorités, en faisant payer l'entrée de tous ces sites, est-il purement économique ou y'a t-il autre chose derrière ? Comme par exemple l'intention de désacraliser la pensée religieuse (ou philosophique), sans purement l'interdire, en organisant des visites où l'"on" suit un guide équipé d'un drapeau et d'un micro, et où l'"on" se prend en photo en se disant "j'y étais", plutôt que "j'y crois" ? Les "pélerins" Chinois seraient-ils davantage devenus des "consommateurs" de sites et attractions touristiques inspirés par la pensée bouddhiste, que de véritables pratiquants d'une religion ?  Enièmes questions, évidemment sans réponse, que nous inspire ce pays, décidément fascinant.

 

Landry auprès d'un "moine suprême" (et non pas un bouddha comme on l'a longtemps pensé).

 

Nous profitons de la visite en nous laissant bercer par le plaisir de la découverte de l'histoire Chinoise, de son riche passé, de son architecture traditionnelle dont les quelques traces encore présentes (temples et ponts dans ce parc) font echo bien involontairement à l'inexorable destin de ce pays, définitivement tourné vers la modernité, quitte à tirer un trait sur son patrimoine (si précieux pour nos yeux d'occidentaux), ou en le monnayant à prix fort. Alors, vu sa beauté, messieurs les dirigeants, autant le monnayer ! 

 

 

Pélerines tibétaines. Entre la mère qui porte vétements et bijoux traditionnels, de la robe-tablier aux

bottes fourrées, et la fille, en mini-jupe et blouson en skai, il y a un monde !

 

Et c'est exactement ce qu'ils font à Qingcheng shan (prononcez chingchengchan ! Très Chinois !!). 

Le Mont Qingcheng, au nord-ouest de Chengdu, est une région sacrée du Taoïsme Chinois. Les nombreux temples qui parcourent la montagne se marrient harmonieusement avec la nature, luxuriante, à travers laquelle une ascencion de quelques centaines de mètres est nécessaire pour atteindre le sommet. 

On s'attend donc à une sortie nature, sportive, sur des chemins difficiles, empruntés par des pélerins courageux et sportifs...

 

L'entrée du site "religieux"...

 

On accède à Qingcheng, depuis Chengdu, par un train ultramoderne et rapide. A l'arrivée, il n'y a pas vraiment de ville, ni de vie. Cela ressemble plus à une cité dortoir où les grues fleurissent un peu partout, donnant l'impression d'un vaste chantier dont l'objectif nous échappe encore.

Afin de nous trouver un toit, nous prenons la direction de la montagne toute proche. Le chauffeur du bus urbain semble nous assurer que l'on peut y dormir. Au bout de la route au bitume flambant neuf, une imposante porte à l'architecture Chinoise nous barre le passage, bien aidée par des tourniquets et des billetteries ! Le charme a déjà bien du mal à agir. Les groupes de touristes Chinois sont nombreux et leur tenue vestimentaire pour le moins déconcertante. Les hommes semblent sortir de rendez-vous d'affaires, et les femmes déjà apprêtées pour une soirée de gala.

Nous redescendons vers notre ville dortoir et nous mettons en quête d'un hôtel. Nous ne tombons que sur des resorts inabordables sans doute destinés aux "businessmen" et "jet-setteuse" croisés plus haut. Finalement, nous tombons sur ce qui semble être LA rue commerçante. Un hôtel s'y trouve. Après 30 bonnes minutes de tentative de communication avec la propriétaire, nous semblons tomber d'accord sur la location d'une chambre double pour 2 nuits à 120 yuans la nuit. Bizarrement, elle nous donne 2 clés, et 2 télécommandes pour le chauffage.

 

Paysage du mont Qingcheng.

 

Le lendemain matin, on enfile le matos : chaussures de rando, pantalons de baroudeurs, polaires pour temps extrême, bien décidés à affronter les difficiles reliefs Chinois. Nous payons notre droit de randonner (!) et pénétrons dans l'enceinte via l'imposante porte d'entrée. Tandis que les mètres et les minutes défilent au rythme de nos pas décidés, l'impression de parc d'attraction refait surface.

Indéniablement, les paysages montagneux et verdoyants laissant une longue trainée de nuages s'infiltrer dans les vallées, et évoquant tout le mystère de ces sites sacrés qui ont tant inspirés poètes et peintres Chinois, sont de toute beauté. Comme ces temples Taoïstes où un grand chevelu moustachu remplace un chauve bien portant aux longues oreilles comme figurine de vénération ! Mais je ne peux m'empêcher certains questionnements. Le défilé de mode des touristes Chinois continuent, les boutiques de souvenirs se succèdent et le balisage bétonné de la voie que nous empruntons évoque davantage une (auto)route qu'un sentier. Certes, comme à Leshan, l'UNESCO est venue poser quelques plaques "patrimoine mondial" sur le site, mais cela nécessite-t-il tant d'aménagements ? Ou là encore, d'obscures raisons politiques et idéologiques peuvent-elles expliquer cette transformation d'un site sacré dans les croyances Chinoises en "simple tour eiffel" ? 

 

Des sensations diverses parcourent mon esprit au moment de quitter les lieux : l'envie de respecter, en tant que visiteur, le tourisme qui se pratique chez les autres, mais aussi le besoin de s'interroger face à ce qui me semble être la mise sous sédatif d'un peuple face à sa culture, ses croyances, ses pensées et son patrimoine, en reléguant cette richesse intellectuelle et philosophique au rang de divertissement.

Hypothèse légèrement pessimiste teintée d'un soupçon de paranoïa vis à vis d'un complot étatique, je vous l'accorde !

 

Lucy, quant à elle, ne voit à travers ce tourisme que l'expression d'une nouvelle forme de distraction demandée par un peuple ravi de découvrir son pays. En effet, l'apparition d'une nouvelle classe aisée en Chine, et avec elle des envies nouvelles comme le sport et le tourisme, a contribué au fort développement de l'industrie des loisirs, inspiré par le modèle occidental. Etant donné les difficultés pour les ressortissants Chinois d'obtenir des visas et de se déplacer à l'étranger, ils pratiquent une certaine forme de tourisme de masse en Chine et profite de l'immensité de leur pays.

 

Les convictions religieuses profondes ne sont plus, depuis longtemps, enracinées dans la culture Chinoise, comme ce fut sans doute le cas il y plusieurs siècles. L'idéologie communiste a sans doute contribué a "athéisé" le pays au XXème siècle (officiellement, 80% des chinois se disent athés même si en pratique le culte des ancêtres, par exemple, reste assez présent). Mais aujourd'hui, il ne semble plus y avoir de pression sur les pratiques religieuses, à partir du moment où elles n'ont pas de velléités indépendantistes ! Ces groupes de touristes se déplaceraient donc joyeusement, en groupe, pour profiter simplement de quelques vacances à la découverte de leur patrimoine. Logiquement, les entrées sont donc payantes puisqu'il ne s'agit nullement de pélerinage.

 

De patrimoine, il en est question dans la ville voisine de Dujiangyan. En effet, depuis plus 2000 ans, cette ville possède un système d'irrigation qui a permis aux campagnes environnantes de devenir extrêmement fertiles. Le système, très ingénieux parait-il, fonctionne encore, et est classé lui aussi au patrimoine mondial par l'UNESCO. Malheureusement, nous arrivons bien trop tard en fin d'après-midi pour le visiter. En revanche, nous découvrons par hasard que la ville possède un quartier historique tout à fait charmant, qui nous rappelle Pingyao ou Dali, que nous avions visité l'année dernière. Architecture traditionnelle des bâtisses, canaux traversant la ville et surplombés de jolis ponts, grandes portes intégrées à des remparts et permettant l'accès en ces lieux bien conservés : voilà un panorama exquis pour une bien agréable balade !

 

Après avoir expliqué à notre petite propriétaire que nous n'occupons qu'une seule chambre, et que par conséquent nous ne lui paierons pas le double de ce que nous lui devons réellement, nous profitons de l'abonnement télévisuel de ce petit hôtel pour regarder la version Anglaise de CCTV, la chaine nationale. Au programme : les Japonais sont des envahisseurs (conflit au sujet des îles Senkaku), les moines Tibétains qui s'immolent par le feu sont des terroristes, retransmission en direct depuis Kunming de la pré-exécution des meurtriers du Mékong, et l'Europe est le nouveau tiers-monde (mon propos est légèrement exagéré sur ce dernier point !), le tout commenté de manière tout à fait partiale par des intervenants occidentaux ! Cela suffit ! Bonne nuit !

 

La Chine nous fascinait avant que nous ne la visitions. Elle nous fascine encore plus aujourd'hui. 

Alors que nous prenons la direction de Beijing, cette sensation ne nous quittera pas. Une relation je t'aime / je te hais, à propos de laquelle nous nous devons d'apporter quelques détails...

 

La vieille ville de Dujianyang avec ses vieilles portes, ses vieilles maisons et ses loupiotes est charmante.

 

 


Commentaires
(3) :: Ajouter un commentaire :: Lien permanent
Publié à 13:59, le 10/03/2013 dans Chine, Sichuan Sheng
Mots clefs : condamné à mortconflit chine japontaoïsmemont qingchengbouddha géantleshansichuanchengdu


Qui suis-je ?


Prendre le temps. Prendre le temps avec les gens, avec la vie, avec nous-même. Prendre le temps de découvrir des cultures, des langues, des coutumes. Prendre le temps d'apprendre des autres, d'apprendre à se débrouiller dans un environnement totalement inconnu, d'apprendre sur soi. Pour prendre ce temps, quel meilleur moyen que de se déplacer en train depuis Paris jusqu'au bout de l'Asie...

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