Jusqu'au bout de l'Asie...

Train chinois, visa russe, et réjouissances Pékinoises.

 

Du 6 au 16 mars 2013 / Pékin / capitale de la Chine

 

Le "nid d'oiseau" a été construit pour accueillir les JO de 2008. Il est au coeur d'un immense complexe olympique.


sluuuuuuuuuuurp... Miaaach miaaaach miaaaach...


6h30 du matin. Train Chengdu / Beijing. Nos voisines de couchettes au sein de notre compartiment sont déjà au p'tit déj. Et comme tout bon repas d'épicuriens Chinois, il se déguste la bouche ouverte ! C'est pour mieux apprécier les saveurs paraît-il ! Etrangement, nous avons réussi à nous habituer à ces mélodies de bouche, les ingurgitations de soupes et bouillons accompagnés d'un retentissant « sluuuuuuuuuuurp » rivalisant de concert avec la mastication de divers mets produisant une série de miaaarch miaaarch miaaarch atteignant le nirvana des décibels buccaux!


Mais là, il est tôt, et comme tout bon épicurien Chinois, le bruit, quel qu'il soit, fait partie du plaisir de l'existence. Quand il n'y a plus de bruit, en Chine, c'est qu'il n'y a plus de vie ! Alors, peu importe l'heure, pour nos voisines, c'est celle du p'tit déj.


Dans l'esprit des Chinois, il ne semble y avoir qu'un seul repas possible à prendre dans un train : le ramen. Cette espèce de soupe de nouilles aux saveurs chimiques et aux emballages colorées, ne passe pas inaperçue dans les rayons des supermarchés. Toute personne embarquant dans un train est donc inévitablement accompagnée de son ramen. Une fois les quelques sachets de produits déshydratés vidés sur les nouilles encore sèches, il suffit de rajouter de l'eau chaude, disponible dans tous les wagons, de laisser reposer 5 minutes, et de déguster le tout. Lorsque l'envie nous prend de varier les plaisirs, et de remplacer notre traditionnel ramen par un bol de patates déshydratées, le chemin aller-retour, de notre siège jusqu'à la source d'eau chaude du wagon, nous donne l'impression d'être de véritables bêtes de foire, sanction que nous nous infligeons à nous-mêmes, pour pas un kopek ! Mais là encore, nous nous sommes habitués à ces regards insistants, scrutant la moindre parcelle de nos personnes. Et pour un peu que madame soit un peu plus grande que monsieur, proche du mètre quatre vingt, et donc plus grande que la plupart des Chinois, le succès est garanti, et l'intrigue poussée si loin, bien au-delà du simple bol de patates déshydratées, qu'elle risque de déclencher de violents torticolis chez nos « admirateurs ». Les Chinois sont curieux et ne s'en cachent pas. Que ce soit dans un train, dans la rue, dans un restaurant, s'ils sont intrigués, ils le montrent ! Et le partagent bien souvent dans de grands éclats de rire !


Mais revenons à notre petit déjeuner ! Il est tôt, et certains se lèvent à peine. Cracher, par terre, partout, fait également partie du quotidien de l'épicurien Chinois, prêt à se laisser aller à tous les excès afin de soulager sa personne, sous les regards médusés d'occidentaux tels que nous, tentant de cacher leur curiosité (eux !). Mais à 6h30, il semble que le besoin de soulagement soit décuplé. L'(in)activité de tout une nuit est à dégager de la gorge. Alors, c'est bien profond que l'on va chercher le soulagement, et le raclement de gorge dure, dure, dure... Une fois le mollard constitué, il serait temps de penser à ce qu'il va devenir. Certains, plus précotionneux pour leurs voisins (bien difficiles à émouvoir de toute façon) que d'autres, s'en vont éjecter l'objet en train de mûrir sur leur langue baignée de salive dans la poubelle, au bout du wagon, proche des robinets où l'on se lave les dents, et de la source d'eau chaude où l'on se fait à manger ! D'autres, plus traditionnalistes, ne s'embarrassent pas autant, et font tranquillement glisser l'objet à l'extérieur de leur bouche, jusqu'au sol (couloir du train dans le cas présent), la chute étant amortie par un délicat filet de bave ! Et, en effet, pas grand monde ne s'émeut ! Quant à nous, on remet le p'tit déj à plus tard !

 

Vue sur le lac et le parc du Palais d'été, Beijing.

 

En Chine, les bambins ne portent pas de couche, mais des pantalons troués au niveau de l'entrejambe. Paradoxal, me direz-vous, puisqu'ils ne sont pas propres. C'est sans compter la vigilence extrême des parents, prêts à tendre n'importe quel récipient vide afin de collecter les substances liquides ou solides que leur juvénile progéniture s'apprête à éjecter de son petit corps. Mais alors... aucun accident n'est possible ? Un oubli de récipient ? Un réflexe un peu lent ? Un moment d'inattention où le regard se porte malencontreusement sur autre chose, par exemple sur une grande occidentale, que sur le bambin ???? ….. Si !!! C'est possible ! Conscient de cet état de fait, lorsque débarquent dans notre compartiment à couchettes la jeune maman et son adorable chérubin, accompagnés de la mamie et la tata, nous espérons que l'accident ne se produira pas. Espoir se transformant vite en désillusion lorsque le petit farceur se met à uriner à la surprise générale, surtout la nôtre, sans crier gare. Les premières effluves se répandent ainsi par terre, accompagnées des rires communicatifs de la famille ! « Et on nettoie pas là ?? Non !!! Ah bon, ça va sécher ?? Ah très bien ! » Naturellement, lorsque le même bambin se laisse aller, quelques heures plus tard, à l'évacuation de déchets organiques un peu plus solides, une fois l'écoeurante surprise passée, nous comptons sur notre joyeuse famille pour nous débarasser de ces quelques oublis ! Pas de problème, elles ramassent au sopalin, emballent le tout dans un sachet, oublient de se laver les mains, finissent d'essuyer le sol à la chaussure, et reprennent avec le même enthousiasme leur dégustation de cacahuètes dont les innombrables coquilles finissent par terre...


Déconcertant ? Toujours autant, malgré les quantités de trains que nous avons pris en Chine, et dans lesquels les mêmes anecdotes reviennent.

Tiens, le bambin a envie de pisser ! On court lui faire faire ses besoins... au dessus de la grande poubelle commune au wagon qui déborde déjà de cartons de soupes de nouilles arrosés de mollards matinaux...

 

Graff évocateur au sein de la "798 art zone" de Beijing.


La communication est difficile en Chine. Personne, ou si peu, parle anglais. Une fois l'intégralité de notre vocabulaire déblaterré avec fierté (environ 2 mots !), à nous de trouver de nouvelles astuces. Très facile en présence d'un enfant, la tâche s'avère plus ardue dans un environnement exclusivement composé d'adultes. Mais cette fois, nous avons de la chance, et comme notre bambin pisseur chieur semble apprécier les plaisirs de la vie, nous lui faisons don de quelques sucreries. Mi-effrayé, mi-intrigué par nos personnes, il reste méfiant, ce qui fait beaucoup rire ses anges gardiens. Et nous aussi par la même occasion ! Ne résistant plus, il s'emparre du petit gâteau, et le dévore. Dans un élan de générosité, nous en offrons à nos 3 madames, qui refusent poliment, comme à chaque fois que l'on offre une petite sucrerie à un Chinois. Ce n'est définitivement pas leur truc !


On approche de Beijing, et notre petite famille se prépare à descendre. Les adieux sont chaleureux, la promiscuité des lieux créant inévitablement une certaine complicité entre les voyageurs, pour le meilleur et pour le pire !

Des places sont libres, un jeune homme s'installe. En nous écoutant parler, il découvre que nous sommes Français, lui-même parlant un petit peu notre langue car ayant vécu au Togo où son père travaille. Il parle aussi très bien Anglais, nous confie qu'il fait des études de journalisme à Chengdu, et semble ravi d'échanger quelques mots avec des étrangers. Il semble aussi fier, comme beaucoup de jeunes Chinois avec qui nous avons l'occasion de discuter, que des occidentaux découvrent et parcourrent son pays. C'est ainsi qu'une nouvelle fois, nous recevons un sincère « welcome to China » !


A l'image de ce qu'il se passe dans un train, la découverte de la Chine s'avère déconcertante pour des occidentaux. Appréhender le quotidien des Chinois, c'est se heurter à des codes de conduite, des règles de vie, à l'opposé de ce que nous connaissons et de ce que nous sommes. Mais c'est également découvrir une culture d'une grande finesse à l'histoire si riche. On vous réveille tôt le matin avec fracas sans même se préoccuper de votre personne mais on vous salue et vous souhaite la bienvenue ! On vous expose quelques déjections peu ragoûtantes sous le nez, mais on vous propose une cuisine si raffinée ! On crache tout autour de vous dans la rue, mais on vous montre les arts chinois (martiaux et artistiques) avec toute la grâce qui caractérise leur pratique dans les parcs le dimanche... C'est peut-être cette tendance à la schizophrénie qui nous plait tant dans cette Chine, bien qu'elle exige un estomac solide !


Vue sur les toits de la cité interdite depuis les alentours.

 

Lorsque notre train arrive à Beijing, la nuit est déjà bien entamée. Nous constatons immédiatement que l'atmosphère s'est considérablement rafraichie. La longue file d'attente des taxis avance à un bon rythme, et nous sert de répétition générale avant d'annoncer notre destination à notre chauffeur. Les répétitions ont porté leur fruit, l'homme comprend immédiatement, et nous emmène « presque » à destination. Dans un même quartier, beaucoup de noms de rue, d'avenues, ou même d'impasses, se ressemblent. Le chauffeur lui-même est un peu paumé. Mais après y avoir mis toute sa bonne volonté, il semble que nous soyons arrivés. Il est minuit, et si nous pouvions écourter la balade, nous n'en serions pas malheureux. Pas de chance, ce n'est pas la bonne rue. Alors, on marche un peu, on se repère dans les rues encore animées à cette heure de ce quartier proche du centre, et on finit par trouver la bonne direction, bien aidés par un occidental qui semble résider dans la capitale Chinoise. Nous rejoignons donc notre auberge et ne tardons pas à nous coucher.

 

Romantisme du Palais d'été...

 

Dès le lendemain matin, jeudi 7 mars, nous filons à l'ambassade de Russie avec l'objectif d'obtenir un visa touriste en urgence, quitte à y mettre le prix, et ainsi attraper le transsibérien du samedi 9 en direction de Moscou. Doux rêve ! « Tourist visa ? If you don't live in Beijing, you have to wait for 2 weeks !  But you can have a transit visa in one hour ».

La matinée est un peu trop avancée, nous ne parviendrons pas à réunir les pièces nécessaires pour faire le visa de transit ce jour, nous nous assurons donc que nous pouvons le faire le lendemain.

Il n'est pas très difficile d'obtenir un visa de transit. Il suffit d'acheter tous ses billets de transport, entrant et sortant du pays, et que la durée du transit n'excède pas 10 jours. Nous filons donc acheter les billets de train pour le samedi 9, et achetons également sur internet des billets Moscou / Riga pour la semaine suivante.

Vendredi 8 mars, 9h00 du matin. Retour à l'ambassade de Russie. Surpris que les portes soient toujours fermées à cette heure, nous devenons carrément inquiets à 9h20, alors qu'aucun signe de vie ne semble animer le bureau des visas. Nous nous dirigeons vers un panneau d'informations, et découvrons avec stupeur parmi la masse de documents rédigés en 3 langues que le service des visas sera « exceptionnellement » fermé ce vendredi 8 mars ! Parfait !

Outre les dizaines d'euros perdues pour les échanges de billets de train, nous voilà « condamnés » à passer une grosse semaine à Beijing.

 

Impressions, "798 art zone", Beijing.

 

Comme si nous n'avions pas vu un ami depuis longtemps, et dont nous recroiserions la route de manière inattendue, ces retrouvailles avec Beijing, finalement, constituent une étonnante surprise. Très vite, ce n'est plus de « condamnation » dont on parle, mais d'une opportunité qu'on avait oublié d'inviter à notre table afin de prolonger notre séjour en Chine. Ainsi, nous pourrons découvrir ce que la capitale Chinoise nous avait caché l'été dernier, nous régaler pour une semaine supplémentaire dans les petits restaurans de la mégapole, et arpenter les hutongs de cette ville, reflet partiel d'un pays si riche dans ses cultures et ses populations, que l'on a appris à aimer, tout autant qu'il peut nous irriter, heurter nos consciences politiques, contrarier nos bonnes habitudes de savoir-vivre, fatiguer nos corps de sa surpopulation et ses climats capricieux. Par la même occasion, Beijing s'impose comme la dernière étape de notre périple asiatique. Même s'il nous reste la Russie, puis l'Europe à traverser, elle s'apparente à la fin de ce voyage, dénouement que nous n'attendions pas, qui s'impose de lui-même, comme dans une histoire logique d'un voyage au long cours, où les imprévus sécrètent leur dose d'excitation. C'est le début de la fin, que nous souhaitons heureuse, et dont nous allons profiter à fond.


Nous avons usé de tant de superlatifs dans les tentatives de descriptions que nous avons fait des endroits où nous nous sommes arrêtés, inspirés simplement en les regardant avec des yeux d'enfants, grands ouverts, émerveillés de toucher du doigt le dépaysement que nous étions venus chercher. Alors aujourd'hui, les superlatifs, on les a rangés dans le placard ! L'énumération de quelques sites, dont les seuls noms, tellement évocateurs, jouent eux-mêmes aux superlatifs, suffira : le palais d'été, étourdissant de gigantisme, calme et beauté (décidément je n'y arrive pas !) ; le sommet du petit parc jinghang, qui offre une vue... (allez, au placard!) sur la cité interdite toute proche ; le parc olympique, où les illuminations du « nid d'oiseau » et du parc aquatique scintillent dans la nuit pékinoise, et la vaste art-zone 798, dédiée à la création. 

 

  

La piscine oylmpique / Vue d'ensemble du complexe olympique.


On s'offre même une toile au mégabox, grand multiplex qui passe des films en version originale. Le premier de l'après midi, « a good day to die hard », commence dans 5 minutes. Plus enthousiaste que Lucy à l'idée de voir les derniers exploits du flic fou de New York, je la convaincs... Hélas, l'intrigue se passe à Moscou ! Avec l'intégralité des dialogues alimentant le mystère autour du complot en Russe, sous-titrés en Chinois, difficile de s'y retrouver. Heureusement, John McClane est là, pour nous rappeler au bon souvenir de la langue de Shakespeare : « I love you son, let's kill some fuckers ! » ou encore « my fuckin' vacations » entre une chute de 30 mètres à travers un échaffaudage et une salve de tirs de mitraillettes faisant trembler le sol de la salle ! No comment ...


Ce moment de poésie Ricaine passée, nous retrouvons la réalité Pékinoise. D'ailleurs, dit-on Pékin ou Beijing ? Et bien les 2 ! En réalité, « Pékin », c'est « Beijing » prononcé par les habitants du sud du pays, où les colons occidentaux étaient massivement présents il y a quelques siècles. C'est pourquoi le terme est resté, et demeure toujours dans certaines contrées, comme la France ! Mais, prononcé dans un bon mandarin, c'est bien « Beijing ».

 

Intérieur du Palais d'été, Beijing.


A part ça, que fait-on de nos journées ? On mange, bien sûr, tellement bien que la gastronomie Chinoise nous manquera, c'est sûr : des raviolis à la viande, des soupes de nouilles bien chaudes, des légumes, froids ou chauds, agrémentés de sauces toujours succulentes... On se balade aussi, sur la place Tian'anmen par exemple, où l'accès se fait sur contrôle des papiers d'identité pour tous les ressortissants Chinois ! Incroyable ! Cette place, depuis plus de 20 ans, n'est décidément plus un espace public comme les autres. On affronte également, entre 2 journées printannières, un climat capricieux, comme ces violentes tempêtes de sable venant du désert de Gobi. On lit les journaux, enfin, où la passation de pouvoirs des dirigeants a lieu. Nouveau président, nouveau premier ministre, les premiers à être nés après l'instauration de la République Populaire de Chine par Mao, en 1949. Mais ne nous y trompons pas, les seuls sujets abordés concernent l'économie et la poursuite du développement du pays, et les relations internationales avec les Américains, les Japonais et les Européens. Pour le reste, on verra plus tard... Ou pas !


Notre semaine s'achève, et nous sommes un petit peu tristes. Ce n'est pas seulement la Chine que nous quittons, ni seulement l'Asie, mais c'est un mode de vie qui s'arrête. Un mode de vie prônant la découverte, le nomadisme, les imprévus, et forcément le respect des peuples et des cultures qui nous accueillent, même si, parfois, leurs différences nous ont heurtés, choqués, bouleversés. Nous aurons plus appris sur le monde durant ce voyage qu'en 20 ans sur les bancs de l'école, et plus sur nous-mêmes qu'en quelques années de vie professionnelle. Il est temps de rentrer. Heureux d'avoir vécu toutes ces histoires que nous avons essayé de vous raconter. Enfin, nous allons revoir la famille et les amis. Dans 2 semaines. Ouf, d'ici là, nous avons encore le temps de vous en raconter quelques unes...

 

En chine, les nombreuses séances photos précédent de plusieurs mois le mariage.

 

 


Commentaires
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Publié à 17:22, le 11/03/2013 dans Chine, Pékin
Mots clefs : visa russe depuis beijingtrain en chinechinepékinbeijing


Qui suis-je ?


Prendre le temps. Prendre le temps avec les gens, avec la vie, avec nous-même. Prendre le temps de découvrir des cultures, des langues, des coutumes. Prendre le temps d'apprendre des autres, d'apprendre à se débrouiller dans un environnement totalement inconnu, d'apprendre sur soi. Pour prendre ce temps, quel meilleur moyen que de se déplacer en train depuis Paris jusqu'au bout de l'Asie...

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