Jusqu'au bout de l'Asie...

Arkhangaï / acte 2 : la mongolie dans sa plus pure authenticité

Du 9 au 13 juillet 2012 : environs du grand lac blanc (terkhin tsagaan nuur) / Ouest de Tsetserleg / Région de l'Arkhangaï 

 

Peu avant notre départ de Paris, nous avions pris contact avec une guide francophone mongole afin d'organiser une expédition dans le désert de Gobi. En effet, il semblait difficile de se rendre dans les parties les plus belles et reculées de cette région par nos propres moyens, ainsi que d'y circuler, aux vues des infrastructures existantes et de la rudesse climatique du lieu. Je souhaitais cependant éviter les grosses agences et leurs tours très rodés, souvent chers, et manquant de souplesse dans leur déroulement.

C'est donc grâce à un forum de voyageurs que j'ai trouvé le contact de cette guide indépendante. Nous avons réglé avec elle les détails de notre expédition à Oulan-Bator et fait une avance de 500 000 Tugriks. Afin de faire baisser le prix final individuel de l'opération, nous lui demandons de nous communiquer les tarifs pour 4 ou 5 personnes (nous sommes déjà 3 avec Anne-So qui arrive) afin que nous passions une annonce dans les auberges susceptibles d'accueillir des voyageurs intéressés.

Les seules nouvelles que nous avons eu d'elle concernent la guide francophone qu'elle nous a trouvée pour nous accompagner à sa place, elle étant déjà bookée. Or cette guide remplaçante est une jeune étudiante en français qui habite dans les environs du grand Lac Blanc à 200km de Tsetserleg où nous nous trouvons. Elle nous propose de nous accueillir dans sa famille à partir du 8 juillet dans un petit village afin de nous faire découvrir le Naadam, fête nationale Mongole et véritable évènement pour chaque habitant du pays.

Après quelques rebondissements d'ordre organisationnel, nous continuons donc notre périple dans l'Arkhangaï, cette région du centre ouest de la Mongolie, et nous retrouvons dans la famille de notre jeune hôte, Boloroo, le 9 juillet en début d'après midi.

 

la petite ville de khangaï, perdue au milieu des steppes

 

Première constatation : elle n'est ni francophone (ne parle pas et ne comprend pas !), ni guide (mais étudiante), ce qui annonce un séjour compliqué dans le Gobi. Nous nous empressons d'annuler la prestation auprès de notre "contact" en espérant revoir la couleur de l'avance faite quelques jours plus tôt et trouver un autre guide lors de notre retour à Oulan Bator. L'exemple parfait des impondérables des voyageurs !

Deuxième constatation : même si l'on ne se comprend pas, Boloroo est adorable, et nous offre la chance de rentrer en contact avec une population vivant dans un endroit particulièrement isolé. Pour parvenir à Khangaï, village de 3000 habitants où nous nous trouvons, il est nécessaire d'affronter les terribles pistes reliant la rive sud du terkhin tsagaan nuur (grand lac blanc) pendant 65 kilomètres. C'est un endroit en dehors des sentiers battus, ne figurant dans aucun guide touristique, et n'ayant pas l'habitude d'accueillir en son sein des touristes tels que nous !

 

cavaliers en costume traditionnel
 

Et pour ne rien gâcher à notre immersion, nous allons célébrer le Naadam de la manière la plus authentique qui soit ! 

Pour les non initiés, le Naadam fut instauré en 1206 par Genghis Khân afin de célébrer la grandeur de l'Empire Mongol. Il a été réintroduit dans les traditions Mongoles en 1921 lors de la création de la fête nationale célébrant l'indépendance de la Mongolie par rapport à la Chine (source : wikipedia !). Il a lieu chaque année les 11 et 12 juillet à Oulan Bator, et quelques jours plus tôt dans les villes de Province, ce qui permet aux habitants de suivre le grand naadam de la capitale à la télévision. Au programme : courses de chevaux, tir à l'arc et combats de lutte. L'occasion pour tout un peuple d'exprimer sa fierté à travers la beauté et l'authenticité de ses traditions, mais aussi pour la gente masculine de montrer sa virilité, parfois excessive, à l'image de son héros Genghis Khan.

 

les spectateurs, à cheval, s'approchent de l'arrivée de la course

La fête est magnifique. Nous sommes émerveillés. Particulièrement par les courses de chevaux. Ce sont des enfants ou jeunes adolescents qui montent à crû des chevaux âgés de 2 à 5 ans en fonction des courses. Celles ci durent entre 1 heure et 1h30 sur un parcours à travers les steppes. A l'arrivée, les jeunes cavaliers, tout autant que leur monture, sont épuisés. Le combat est âpre, viril, parfois violent dans les derniers mètres, pour arracher la meilleure place possible. Des spectateurs mal attentionnés, d'autres un peu trop passionnés, perturbent le sprint final lors des dernières foulées de concurrents à l'agonie. Quelques chevaux, peu dociles et à la limite de l'épuisement, refusent d'obéir, de se soumettre, souvent par peur, et font tomber leur jeune cavalier qui, pour certains, se brisent la jambe ou le bras. Y'a-t-il un médecin dans le village ? Rien n'est moins sûr. Les images sont terribles et magnifiques à la fois. Chacun, enfant comme animal, allant au bout de lui même.

 

lutte acharnée à l'arrivée après plus d'1 heure de course
 

L'attroupement juste après la ligne d'arrivée est impressionnant ! Une ruée d'hommes vêtus du costume traditionnel se précipite sur le vainqueur dès que celui-ci a franchi la ligne. Le but étant de toucher le cheval de la main car cela doit porter chance. Pas de répit pour le héros et son cavalier, la lutte autour d'eux pouvant tourner vinaigre, et en venir aux mains, afin d'obtenir l'heureux présage.

Une fois la course terminée, tous les habitants envahissent la petite arène vieillissante de la ville afin d'assister à la remise des récompenses très traditionnelles pour les chevaux. Les médailles brillent, le chanteur entame l'hymne hommage au cheval adulé (!), puis les officiels aspergent les chevaux de lait, ce qui ne plaît pas à tous ! Nouvelle démonstration de rébellion et d'indépendance de ces animaux avides de liberté. 

Puis les combats de lutte en tenue traditionnelle prennent le relais. Les combattants sont impressionants. Certains sont grands et affûtés, d'autres grands et lourds. Pas de catégorie de poids dans ces combats souvent inégaux. La foule s'enflamme à chaque prise réussie permettant à un athlète de mettre son adversaire à terre. Les pronostics vont bon train sur le futur vainqueur. Certains combats sont expéditifs, d'autres beaucoup plus serrés et âpres. Tout le monde est passionné, de la jeune étudiante au vieux paysan, de la mère de famille à l'ancien lutteur nostalgique !

 

combat de lutte
 

La fête du Naadam se prolonge le soir venu au centre culturel où nous avons la chance d'assister à un concert de chansons traditionnelles... Le vieux bâtiment délabré s'est fait une beauté pour cet évènement. La salle est pleine à craquer et les décorations ne manquent pas. La plupart des chansons rendent hommage à l'animal roi de Mongolie, le cheval bien sûr ! Musicalement, nous dirons que c'est dépaysant...! 

Après cette folle journée, nous ne pouvons que nous réjouir d'assister à ce bel évènement qui unit tout un pays à l'occasion de la célébration de sa fête nationale.

Tandis que les épreuves sportives rythment nos après midis pendant 2 jours, le reste du temps, notre rencontre avec les habitants est particulièrement dépaysante. Y compris pour eux !



En effet, il n'y a pas d'autres touristes à l'horizon. Et la présence d'occidentaux dans ce coin reculé ne semble pas être monnaie courante. Les gens que nous croisons ne manquent pas de nous faire découvrir ce qu'ils ont de plus cher : photos de famille, petit tour en moto (tous les jeunes en ont une), dégustation de la vodka nationale (la genghis khan évidemment !) à 11 heures du matin ou petit morceau musical joué par un grand père avec son instrument traditonnel.

L'un d'entre eux nous fait même visiter sa fabrique de fromage. Des organisations européennes et américaines oeuvrant pour un commerce équitable ont permis à ce producteur local de fabriquer un fromage séché de qualité reconnue, et d'être notamment le principal fournisseur d'un grand restaurant français d'Oulan Bator.

 

 

 

 

 

 

 à moto pour rejoindre la course de chevaux
 

Nous rencontrons également la famille de Boloroo, et notamment son grand père, 83 ans, qui nous fait gentiment profiter de sa yourte, et une grand mère, 85 ans, vivant dans une yourte voisine. Tous les deux semblent fatigués, marqués par une vie rude dans cette campagne isolée, mais aussi parfaitement autonomes dans leurs activités quotidiennes. Ils ont l'air si heureux d'accueillir pour la première fois des occidentaux chez eux ! Ils sont ravis de poser à nos côtés pour immortaliser la rencontre et ironisent sur notre "grande" taille (1m75 et 1m78 !) lorsque nous les entourons pour réaliser un dernier shoot dont nous promettons d'envoyer les fichiers par email à notre hôte.

 

devant notre tente avec les 2 "petits" grands parents
 
 
le grand père découvre, émerveillé, notre tente devant sa petite fille Boloroo

Ayant refusés d'occuper pour la nuit la yourte du grand père afin de lui éviter d'aller dormir dans une yourte voisine, nous plantons notre tente. Nouvel instant d'émerveillement de la part des 2 aïeux qui n'ont jamais dû voir un matériel de "nomades" aussi petit et léger ! Ils sont curieux et se glissent à l'intérieur pour en voir davantage sur le confort de cette étrange habitation. Pour plaisanter, nous leur signifions que c'est NOTRE yourte ! Eclat de rire général !! Le lendemain, notre adorable grand père s'inquiète de notre condition car la nuit a été très froide. Naturellement nous nions, même si nous avons effectivement eu froid !

Dernier instant de partage, dernier instant de grâce avant les adieux. Nous levons le camp, et c'est le plus spontanément du monde que le grand père vient m'aider à replier la tente ! Nous sommes émus devant la dignité, la simplicité et la gentillesse de ce vieillard qui écoute (ou plutôt qui regarde !) attentivement mes instructions. Il n'y a rien d'autre à dire...

 

le grand père m'aide à replier notre tente !

Tout ce que nous espérons, c'est que nos photos lui seront bien transmises afin de prolonger l'émotion de cette magnifique rencontre.

Nous gagnons les rives du terkhin tsagaan nuur avec des souvenirs plein la tête afin de camper quelques jours au calme avant de retrouver l'agitation d'Oulan Bator. Nous nous apercevons que nous n'avons plus que quelques tugriks en poche. Par chance, le patron d'un camp de yourtes accepte de nous changer une centaine de dollars en monnaie mongole. 

 

sur les rives du terkhin tsagaan nuur (grand lac blanc)

Nous nous mettons en quête d'un transport pour Oulan Bator. Ils ne sont pas légions par ici ! Les négociations sont âpres avec les différents chauffeurs. Finalement, l'un d'entre eux accepte de nous ramener vers la capitale pour 45 000 T par personne. Beaucoup de touristes payent davantage... Et la plupart des locaux sans doute moins. Nous partons à 18 heures. Arrivée prévue à UB le lendemain matin à 6 heures. Le mini van est bondé. Nous venons sans doute de passer la nuit la plus inconfortable de notre vie ! Qu'importe ? L'accueil et les sourires des habitants de Khangaï sont toujours dans nos têtes, UB est déjà là...

Nous passons ainsi quelques jours dans la capitale Mongole afin de préparer la suite de notre périple qui va nous mener dans le désert de Gobi, puis en Chine. Et bien entendu pour accueillir comme il se doit Anne Sophie qui nous rejoint pour une quinzaine de jours.

 

 


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Publié à 06:17, le 15/07/2012 dans Mongolie, Cecerleg
Mots clefs : combat de luttecourse de chevauxnaadamarkhangaïmongolieyourtessteppes


Petit point sur la gastronomie Mongole et la vie dans les yourtes.

 

Après deux semaines passées en Mongolie entre ville et campagne, nous commençons à avoir une vision un peu plus complète de l’alimentation en Mongolie. Le Lonely Planet a la formule heureuse suivante : « Les Mongols ont toujours préféré la survie au goût ». Franchement ? C’est peu dire !

Ne soyons pas mauvaise langue, et voyons cela d’un peu plus près…

 

A Oulan-Bator ou dans les capitales d’aïmag, nous avons pris l’habitude de dénicher les petites cantines bon marché (1,5€ le plat) où la carte est souvent assez variée, soupes, riz, pâtes, le tout plus souvent influencé par la Chine que par la Mongolie. Pour peu que l’on ne soit pas trop regardant sur l’hygiène, et que l’on ferme les yeux sur les mouches qui flottent parfois dans la soupe, c’est assez bon !

Le problème, c’est qu’on ne sait pas lire la carte. Si on n’a pas de chance, on tombe au hasard sur un plat traditionnel Mongol, c’est-à-dire forcément à base de lait ou de viande bouillie, préparé sous toutes leur formes (les mongols considèrent que les légumes, comme l'herbe, sont faits pour les bêtes et pas pour les hommes). Le terme de « viande » peut parfois paraître trompeur pour un occidental car il y a en général au moins autant de graisse et de nerfs que de viande à proprement parler, et pour être poli, il faut tout manger… Bref, en image c’est aussi parlant !

 

 La soupe traditionnelle mongole
 

En revanche, ces spécialités retrouvent un certain charme à la campagne, sous une yourte et en famille. C’est le goût du fait maison ! La maman prépare des spécialités à base de lait toute la journée, et ce n’est pas mal du tout !! Même Landry, qui déteste crèmes et fromages, a pu en manger ! Le matin, puis régulièrement au fil des heures, les mongols (et nous) mangent du pain avec un beurre très crémeux, du fromage séché sous la yourte, du yaourt au lait caillé et boivent du « thé de lait » (littéralement). Le thé de lait a un goût de bon lait chaud dilué à l’eau avec un peu de blé (décrire un goût c’est pas facile !). Si on observe sa préparation, il est effectivement chauffé avec des herbes. En ballade, les mongols peuvent s’arrêter dans n’importe quelle yourte, la solidarité bat son plein à la campagne, et les habitants offrent toujours à boire et à manger à leur hôtes.

 

thé de lait, fromage séché et crème avec pain
 

Ce n’est que le soir que la famille et les invités partagent un repas plus copieux, en général une soupe avec quelques morceaux de viande séchée puis bouillie, soit telle quelle, soit agrémentée de pâtes.

 

cette famille produit et vend son fromage
 

Au passage, un petit mot sur l’organisation de la vie dans les yourtes. L'entrée d'une yourte (GER en mongol) est toujours située au sud. Une famille vit dans une, deux voire trois yourtes. Cela comprend souvent, pour ce que nous avons pu voir, les parents, les enfants, et grands-parents, parfois oncles, tantes et cousins en vacances. A l’intérieur, les éléments, plus ou moins nombreux et neufs selon la richesse de la famille, sont toujours disposés de la même façon :

-         - Au centre, un poêle à bois dont le couvercle peut être remplacé par de grandes marmites en fonte pour faire la cuisine ou la vaisselle.

 

poêle à bois qui sert ici à faire chauffer le thé au lait
 

-      - Le long de la structure arrondie de la yourte, 2 ou 3 lits, et entre les lits des petits meubles en bois. Les invités sont toujours sur le lit de gauche en rentrant, la « place d’honneur ».

 

mobilier aux motifs traditionnels dans la yourte

- Il y a un peu partout des pots de lait, beurre etc. Et parfois une télé, une radio et une ampoule, le tout alimenté par une batterie de véhicule elle-même alimentée par un petit panneau solaire.

 

Les parents se lèvent à 5 ou 6 heures ; les femmes traient les yacks ou les vaches pendant 3 heures, et de même le soir. Il y a des croisements de yacks et de vaches, nous avons décidé de les appeler des yaches!! Pendant la journée, elles préparent beurre, thé de lait, etc… Monsieur s’occupe des bêtes, les sortir et les rentrer, mais aussi des enfants, et même de la lessive pour ce que nous avons pu voir. C’est également lui qui va en ville vendre les produits laitiers. Et oui Messieurs lecteurs, prenez-en de la graine !

Les enfants partagent leur temps entre jeux à l’extérieur et aide pour les tâches ménagères. Et apparemment, ils obéissent au doigt et l’œil. Avec Landry, on pense envoyer nos futurs petits, si on en a, faire des stages de vacances en Yourte !

 

les enfants du voisin...à 5km!!
 

Même si la vie est dure, ce quotidien en collectivité au sein d’une même pièce nous a donné une impression de grande harmonie.

 

NB : Article présent sur le site http://www.mosaic-voyages.com/blog/  à l'adresse suivante : http://www.mosaic-voyages.com/blog/2013/02/21/petit-point-sur-la-gastronomie-mongole-et-la-vie-dans-les-yourtes/

 


Commentaires
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Publié à 06:49, le 14/07/2012 dans Mongolie, Mongolie
Mots clefs : fromagethésteppesyourtemongoliegastronomie mongolecrèmepain


Qui suis-je ?


Prendre le temps. Prendre le temps avec les gens, avec la vie, avec nous-même. Prendre le temps de découvrir des cultures, des langues, des coutumes. Prendre le temps d'apprendre des autres, d'apprendre à se débrouiller dans un environnement totalement inconnu, d'apprendre sur soi. Pour prendre ce temps, quel meilleur moyen que de se déplacer en train depuis Paris jusqu'au bout de l'Asie...

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