Jusqu'au bout de l'Asie...

L'incroyable rencontre, texte et photo par Jade L.C

Alors que nous bavardions dans un wagon du transmongolien nous menant à Pékin en août dernier, Jade nous a raconté l'histoire de son incroyable rencontre effectuée dans le nord du Laos il y a une dizaine d'années. Nous lui avons fait la promesse de la publier lors de notre passage dans ce pays. Promesse tenue !

 

L’histoire de Cheng Lee, par Jade L.C

Je lui avais promis de raconter son histoire, mais je ne savais pas à qui ni comment. Voyageant en Chine des années plus tard, je sens que c’est ici et maintenant le bon moment.

Luang Namtha, Laos, été 2003

Je débarquais dans une petite auberge avec un compagnon de voyage irlandais lorsque je l’ai rencontré. Il parlait bien anglais et nous a dit qu’il était Japonais. En échangeant les traditionnelles questions de voyageurs, il nous a appris qu’il arrivait de la Chine, mais a semblé très perplexe et nous a avoué ne pas savoir où il se rendait ensuite. Le soir en rentrant, nous l’avons retrouvé exactement à la même place, comme s’il n’avait pas bougé de la journée. Nous avons discuté un moment, puis il nous a demandé de l’aider puisque nous semblions être de bonnes personnes. Il nous a expliqué qu’il était atteint des reins et qu’il avait besoin de s’injecter un médicament. Il a dit qu’il venait de faire un séjour à l’hôpital pour être traité et qu’il y avait appris que ses veines étaient fuyantes et que le mieux était de le piquer sur la main. Il a ensuite sorti un kit à soluté et l’a installé. Il a demandé à l’Irlandais de lui serrer le bras puisqu’il était fort et m’a demandé de le piquer. Alors que je rassemblais tout mon courage et que j’approchais le bout de l’aiguille de sa main, la gérante de l’auberge est arrivée. Elle nous a fait comprendre qu’elle donnait souvent des injections à son fils et m’a enlevé le matériel des mains. Elle a procédé avec assurance, mais j’ai alors entendu l’aiguille racler une à une les phalanges du pauvre homme qui est devenu tout blême. Une énorme bulle de sang se formait sur sa main. La gérante s’est excusée et s’en est allée brusquement. C’est seulement à ce moment que nous avons réalisé qu’elle empestait l’alcool. Cheng Lee, en sueur, nous a dit qu’il allait dans sa chambre se faire une injection musculaire moins efficace.



Le lendemain, en fin de journée, il était encore installé au même endroit. Après nous avoir écoutés raconter notre journée, il a dit qu’il nous faisait confiance parce que nous avions voulu l’aider. Il a avoué nous avoir menti en disant qu’il était Japonais. Il nous a confié alors être Chinois, porter le nom de Cheng Lee et avoir été militaire de l’armée chinoise, spécialisé en cryptage informatique. Il a expliqué ensuite avoir été arrêté du jour au lendemain sans raison et avoir été emprisonné sans procès. Il nous a dit avoir été ainsi détenu pendant cinq ans, torturé régulièrement, couché à plat ventre sur le sol, avec un bloc de glace posé sur le dos (d’où sa dysfonction rénale). Il a ajouté qu’il avait été tellement malade, qu’on l’avait transféré de la prison à l’hôpital pour être soigné. C’est de là qu’il avait réussi à s’évader et à engager un guide pour traverser la jungle entre la Chine et le Laos. Pendant son périple, une épine lui avait traversé le pied. D’ailleurs, il nous a montré son bandage sanguinolent et je lui ai donné des pansements. Il comptait ensuite se rendre en Thaïlande pour demander un statut de réfugié. Il a dit qu’il savait qu’il était recherché avec promesse de rançon et qu’il n’avait aucun moyen de communiquer avec ses proches. Il nous a demandé de l’aider encore : il avait écrit une lettre à ses parents, avec qui il n’avait eu aucun contact depuis son arrestation, et il voulait qu’on le prenne en photo et qu’on poste le tout à notre retour chez nous. Il espérait qu’une lettre, envoyée plus tard et d’un autre pays, aurait plus de chance de se rendre à destination. J’ai accepté volontiers. J’étais renversée par son histoire incroyable. Je me demandais si tout cela était vrai et, si oui, comment je pouvais l’aider.

L’Irlandais a proposé de le déguiser en touriste japonais caché derrière son appareil photo ou de prendre un kayak pour traverser le Mékong, ce à quoi Cheng Lee a répondu qu’il ne pouvait cacher ses traits chinois à aucun Asiatique. J’avais entendu dire que les réfugiés thaïlandais étaient traités pratiquement comme des esclaves, alors je lui ai demandé pourquoi il n’allait pas demander asile dans une ambassade américaine ou canadienne. Il m’a répondu qu’il ne pouvait pas trahir son pays. Je lui ai rétorqué que son pays l’avait bien trahi, lui! Ma réponse a semblé l’ébranler, c’était comme si un court-circuit se produisait dans son cerveau. J’avais l’impression de voir en direct l’effet d’un certain « brainwash » chinois. Je me disais que, si j’étais née à sa place, je réfléchirais moi aussi de façon similaire.

Un peu plus tard en soirée, l’Irlandais lui a proposé de fumer un joint. Il a refusé, apeuré, en expliquant que pour lui c’était comme de prendre de l’héroïne. L’Irlandais lui a expliqué que c’était plutôt comme de boire quelques bières et que cela n’allait pas lui faire grand-chose à part peut-être l’aider à dormir. Cheng Lee a accepté et on s’est mis à divaguer sur n’importe quoi. À un moment donné, Cheng Lee a éclaté d’un rire bref. Difficile d’expliquer ce que j’ai alors vu en une fraction de seconde dans son expression : c’est comme si le sourire lui avait fait craquer le visage, qu’il réalisait soudain qu’il riait pour la première fois depuis des années et que cela le soulageait, mais en même temps le faisait souffrir.



Le surlendemain, nous l’avons retrouvé à sa place habituelle. Il avait dormi comme un bébé la veille et nous en remerciait. J’avais réfléchi sur les façons de l’aider et j’en étais venue à la conclusion que je ne pouvais que lui offrir de l’argent. L’Irlandais me trouvait bien naïve, me disant que c’était peut-être une arnaque à touristes. Je lui ai répondu que si c’était le cas, sa performance était digne du meilleur acteur du monde. Honnêtement, je ne crois pas que l’expression que j’ai vue sur son visage lorsqu’il a ri aurait pu être feinte par quiconque. Je n’osais toutefois pas lui offrir d’argent (même si j’avais mis de côté tout ce que je pouvais et changé mon itinéraire en conséquence) parce que j’étais convaincue qu’il refuserait, car c’était un homme très fier.

Le soir, Cheng Lee m’a invitée discrètement à venir dans sa chambre. Il m’a dit que mon ami irlandais était bien gentil, mais un peu trop utopiste. Il semblait très mal à l’aise et hésitait à parler. Il a débuté alors en disant que ses parents vendraient leur maison pour me rembourser et qu’il le ferait dès que possible, si je pouvais… Je l’ai tout de suite interrompu pour dire que j’étais si soulagée qu’il me demande de l’argent, car je n’osais pas lui en offrir de peur de le vexer et que je serais contente d’avoir de ses nouvelles, non pas pour être remboursée, mais pour savoir qu’il était passé au travers. En effet, je savais qu’il y avait peu d’espoir : guidé par des escrocs qui allaient lui soutirer tout son argent avant de le livrer aux autorités locales pour obtenir la rançon, il risquait aussi bien de mourir tué par un garde à la frontière ou simplement en raison de ses reins dysfonctionnels. Cheng Lee m’a regardée au fond des yeux et m’a dit merci pour l’argent, mais surtout merci de l’avoir écouté et de lui avoir offert mon amitié. Je lui ai promis de raconter son histoire. Il a eu les larmes aux yeux et il m’a prise dans ses bras en disant qu’il n’avait pas craqué durant ses cinq années de prison et que ce n’était pas une petite Canadienne qui allait le faire pleurer. On s’est dit adieu.



Une semaine plus tard, l’Irlandais m’a écrit pour me dire qu’il avait reçu un courriel anonyme de menaces, lui conseillant de ne plus revenir près des frontières de la Chine! Nous avions donné nos adresses courriel à Cheng Lee, mais je n’ai rien reçu de mon côté.

Deux semaines plus tard, j’étais sur l’île de Koh Tao en Thaïlande, roulant dans une boîte de camion avec une bande de touristes. J’étais fébrile à l’idée d’aller faire ma première plongée sous-marine. Soudain, j’ai senti un coup au cœur et j’ai su au plus profond de moi-même (et à ma grande surprise, car je ne crois pas à ce genre de chose) que Cheng Lee venait de mourir.

Trois semaines plus tard, en arrivant à Montréal, j’ai posté sa lettre et sa photo, tout en sachant d’avance que je n’aurais plus jamais de nouvelles de mon ami chinois.


Une histoire vécue et racontée par Jade Landry-Cuerrier


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Publié à 11:59, le 24/12/2012 dans Laos, Laos
Mots clefs : soldat chinoisrencontrelaoschine


Question de point de vue !

4 août 2012 au 25 septembre 2012 / Chine
 
 
 
 
Nous avons passé près de 2 mois en Chine !
 
Au cours de notre périple, nous avons eu l'occasion de discuter avec plusieurs expatriés, ainsi qu'avec de jeunes chinois parlant anglais. Le discours qui prévaut concernant le pouvoir en place est assez différent de ce que l'on entend en France. Il vaut ce qu'il vaut, on est d'accord ou on ne l'est pas, mais il nous a semblé intéressant de vous faire part de cette autre façon de penser la Chine....
 
 
 
Montrée du doigt dans le monde occidental pour ses manquements aux droits de l'homme et ses actions au Tibet, le parti  communiste chinois est en train de faire passer son pays dans le monde des grandes puissances économiques.
 
 
Pour nos interlocuteurs, l'une des forces du PCC est son organisation interne, qui par certains aspects donne l'impression d'un semblant de démocratie. En effet, chaque ville, mais aussi chaque minuscule village du fin fond de la campagne dispose de son représentant au parti. Ces représentants se réunissent très régulièrement, et c'est suite à ces réunions que les problématiques sont soulevées. Cela permettrait que personne ne soit "oublié" par le système, et que les décisions prennent en compte l'intérêt de la majorité. Ou de la minorité si besoin ! 
 
 
Ensuite disent-ils, cela permet au gouvernement d'agir rapidement (certes parce qu'il n'y a pas d'opposition). Lorsqu'une décision est prise de construire une route, le chantier est parfois terminé dans l'année. Dans un pays de plus de 1,3 milliards d'habitants, c'est un point fort pour avancer !
 
 
La comparaison est d'ailleurs assez frappante avec l'Inde, qui jouit de taux de croissance à peu près similaires. Entre une démocratie qui fonctionne mal et une société de caste qui paralyse le système, le développement du pays, de ses infrastructures,  et de son système économique, sont loins d'être aussi avancés que celui de la Chine.
 
 
Enfin, élément marquant lorsque l'on parle avec les chinois, et qui doit être hérité du mode de pensée communiste, est la conscience aigüe des différences sociales qui existent au sein du pays et la volonté de les gommer. Une étudiante en économie m'a dit que "la réduction des écarts entre les riches et les pauvres est l'enjeu majeur pour la Chine des 10 prochaines années". Pas si mal !...
 
Effectivement avec 60 millions de millionnaires, l'ouverture économique n'a pas profité à tous de la même façon. Mais il n'y a presque plus personne qui vit dans des bidonvilles, aucun village qui n'ait l'électricité et internet !
 
 
Evidemment dans tout cela, pas de réponse sur les questions des droits de l'homme, du respect des minorités, de la liberté d'expression, etc. La Chine se targue d'être parvenue à une certaine "harmonie" sur tout le territoire, entre toutes les ethnies, mais à quel prix ?
 
Seul sujet abordable, l'économie, et elle fonctionne. Mais certains pensent qu'une (r)évolution est en marche. Pourquoi ? Grâce aux jeunes ! Imaginez le fossé culturel qu'il y a actuellement entre les parents (ou grands-parents) et leurs descendants issus de la politique de l'enfant unique en vigueur depuis 1979. Apparemment ils ont beaucoup de mal à se comprendre. Les uns, élevés jadis au sein de familles très nombreuses dans le plus grand respect des traditions et des valeurs telles que l'honneur, le respect, la loyauté. Les autres, unique centre d'attention de toute une famille, pendus toute la journée à leur i-phone ou sur leur ordinateur, et soumis à une forte pression de réussite sociale et scolaire. Exigeront-ils du changement, et de la liberté?
 
 

Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous recommande la lecture de cet excellent article par l'ancien chef du bureau de Pékin du Financial Times, Richard McGregor : http://www.slate.fr/story/33301/parti-communiste-chine

 
 
 
 
Par ailleurs, les relations conflictuelles qu'entretient la Chine avec ses voisins permettent de maintenir une certaine propagande autour du sentiment nationaliste. Le tapage médiatique autour de certaines querelles ou tensions (comme en ce moment avec le Japon au sujet des îles en mer de Chine), est le principal instrument de cette propagande. Certes, l'identité chinoise s'est façonnée à travers de nombreux conflits. Mais il est tout de même déroutant de voir à quel point le sentiment anti nippon est facile à réveiller. Quant aux autres peuples entourant le pays (vietnamiens, coréens...), ils semblent se trimballer diverses tarres peu au goût des Chinois!
Nous avons rencontré une taïwannaise à Hong-Kong : "parle t-on la même langue à Taïwan qu'en Chine?" lui demandai je naïvement ; "mais enfin, tout le monde sait maintenant que Taïwan c'est la Chine ! Bien sur que nous parlons mandarin !" Il paraîtrait même que certains voyageurs se sont fait confisquer leurs guides Lonely Planet à la frontière car il présente Taïwan comme indépendante...
 
 
Pour finir, l'occasion de tordre le cou à une idée reçue sur la Chine : l'écologie (parole d'écolo). Après avoir atteint des sommets de pollution dans les 2 premières décennies de son ouverture économique, le gouvernement semble avoir pris conscience de certains enjeux : le climat, l'agriculture intensive, la gestion de l'eau, la production énergétique. Combien de temps l'Europe a mis pour prendre conscience de ces enjeux? Quant aux USA, comment se fait il qu'ils ne ratifient même pas les grands traités internationaux?
 
Par exemple, à Beijing, une énorme campagne en faveur des véhicules électriques a été menée depuis 2010, et les effets sont spectaculaires ; quand on se promène dans le centre ville, on remarque que tous les 2 roues sont électriques ! A moindre échelle, c'est aussi ce que l'on peut constater dans le reste du pays. Ce succès est peut être lié au coût de l'essence par rapport à l'électricité.
 
 
On voit également fleurir des champs d'éoliennes un peu partout, les villes nouvelles sont largement équipées de panneaux solaires, et les barrages hydroélectriques semblent être une bonne alternative au nucléaire pour la production d'électricité. La Chine est même devenue ces dernières années un énorme producteur d'agriculture bio ! (http://www.novethic.fr/novethic/planete/environnement/agriculture/agriculture_chinoise_utilisation_massive_pesticides_et_developpement_bio/105900.jsp)
 
 
Bien sûr, le  pays a de nombreux défis écologiques à relever avec une population aussi gigantesque, et elle est loin de tout gérer de façon optimale (http://www.slate.fr/story/33325/chine-desastre-ecologique) :
- le charbon, principale cause de pollution de l'air du pays , reste sa ressource la plus abondante, la moins chère et la plus facile à exploiter. Et elle n'est pas prêt de s'épuiser puisque des gisements énormes ont été découverts en Mongolie.
- les choix d'aménagement du territoire sont souvent contestables. Ce sont des projets pharaoniques, coûteux, pas franchement écologiques et qui ne tiennent pas compte des populations locales, qui sont privilégiés. : construction d'immenses routes aux abords de sites naturels et de villages, déviation de fleuve pour alimenter en eau le nord du pays... 
 
 
La Chine moderne va vite. Son développement économique est incroyablement rapide. Elle a aujourd'hui conscience des 2 enjeux (avant qu'ils ne deviennent des dangers!) des années à venir : les enjeux écologiques (continuer à se développer, mais proprement : on appelle ça le développement durable!) et sociaux (la diminution des inégalités qui devient un enjeu mondial!)
 
 
Voilà, c'était une vision d'ailleurs !
 
 
 

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Publié à 04:53, le 30/09/2012 dans Chine, Chine
Mots clefs : croissanceTaïwanPCCfaçon de penséechinedémocratiepolitique


De shangri-la à sapa, descente vers les tropiques

Du 22 au 25 septembre 2012 : sur les rails (et surtout les routes) de Shangri-la à Sapa.

 

Notre périple chinois s'est terminé de la manière dont nous le souhaitions : en visitant le Yunnan. Des campagnes de Dali aux montagnes tibétaines de Shangri-la, nous en aurons pris plein les yeux pendant une semaine.

Peut être n'avons nous pas assez pris le temps de nous évader des grandes métropoles chinoises pour davantage parcourir les campagnes? Mais point de regret ! Ce périple demeurera un très bon souvenir, et déjà, dans nos têtes, surgissent des projets de prochaines visites du pays, davantage vers l'ouest!

 

Mais parlons du présent !  Et tournons-nous vers l'asie du sud-est. La 2ème partie de notre voyage. Les 4 derniers mois ! C'est par le Vietnam que l'aventure va commencer.

 

Par voie terrestre, la frontière se franchit à Hekou (côté chinois) / Lao Cai (côté vietnamien). Quitter la fraîcheur et l'humidité des montagnes pour retrouver la chaleur et... l'humidité des tropiques!!

 

Encore une fois par manque d'infrastructure ferroviaire, c'est en bus que nous quittons Shangri-la, afin de rejoindre Lijiang, d'où nous pourrons prendre un train de nuit pour Kunming. De là, et à nouveau en bus (suite à de graves inondations survenues il y a 2 ans, les lignes de chemin de fer sont coupées dans le sud de la province), nous pourrons rejoindre la frontière. Dans le bus urbain nous menant à la gare routière, nous faisons la connaissance d'un couple chinois de Hong Kong. Très gentiment, ils nous aident à acheter nos billets de bus, eux prenant le même.

 

Après 6 heures de route, nous arrivons à Lijiang en début d'après midi. 

Lijiang, dont la vieille ville est classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'unesco, est l'une des places fortes du tourisme en Chine. Nous avions hésité à nous y arrêter, pour finalement y renoncer... Ces 5 heures forcées en attendant notre train de nuit seront largement suffisantes.

Du coup, nous passons la journée avec notre couple hong kongais, grâce à qui nous gagnons un temps fou. Après nous avoir aidé à acheter nos billets de bus à shangri-la, nous nous rendons avec eux à la gare ferroviaire de lijiang, très éloignée de la ville. Puis ils nous font visiter la vieille ville qu'ils connaissent déjà !

Nos compagnons sont charmants! Elle, est plutôt réservée, et ne parle pas anglais. Lui ne baragouine que quelques mots, mais est très volubile... Et facétieux. D'une manière assez inattendue, nous arrivons à passer un bon moment à Lijiang grâce à leur compagnie. 

 

Notre charmant couple de Hong Kongais

 

Lui, très facétieux, prend la pause!

 

La ville est très jolie, mais s'apprécie difficilement. Ce n'est plus du tourisme, c'est une véritable invasion de groupes. Avec tout le tralala qui va autour : cafés, restaurants et boutiques à destination de ces groupes. Ce n'est plus "Charlie" que l'on cherche désespérément, mais le charme et l'authenticité.

 

Après une dernière soupe de "nouilles sur le pont" (spécialité du yunnan), et de chaleureux "adieux" à nos amis du jour, nous embarquons pour une courte nuit dans notre train à destination de Kunming. Arrivés tôt le matin, nous en profitons pour mettre votre blog préféré à jour, et prendre quelques infos d'autres bloggueurs sur le nord vietnam que nous allons bientôt visiter.

 

Le lendemain matin, l'interminable trajet (une bonne heure) en bus urbain du centre ville de kunming jusqu'à la gare routière, est ponctué de notre 3ème accident de la circulation en 3 pays traversés. Une fois de plus, notre bus rentre dans une voiture (comme en mongolie!), et une fois de plus, le conducteur de la voiture n'a absolument pas regardé derrière lui en changeant de voie de circulation.

 

Engloutie!

 

Demi surprise pour nous ! Mais entière déception ! Cette "légère" perte de temps va nous contraindre à passer la nuit à la ville frontalière de Hekou avant de rentrer au Vietnam car notre arrivée sur place risque d'être tardive. 

 

En effet, après être enfin arrivés à la gare routière, nous obtenons 2 places pour un bus partant à 13 heures. Arrivée prévue à la frontière à 21 heures... Arrivée effective 22 heures. Cela fait bien longtemps que les bureaux ont fermé.

 

Ce qui n'est finalement pas pour nous déplaire! Nous retrouvons la chaleur de Hong Kong, et les brochettes sur le trottoir de Beijing! Ce sont nos dernières images de la Chine.

 

Le lendemain, sacs sur le dos, nous parcourons à pieds les quelques centaines de mètres qui nous séparent du poste frontière en nous demandant à quelle sauce nous allons être dévorés. En effet, ce poste précis est réputé pour son côté "pointilleux" : bagages fouillés, guides confisqués, suppléments à payer... Charmant!

 

En route pour la frontière

 

Pas encore au Vietnam (à quelques centaines de mètres près), et déjà les fameux chapeaux pointus!

 

 

Résultat : nous n'avons jamais passé une frontière aussi vite. Même à Berlin, il m'est arrivé d'avoir le visage osculté sous tous ses angles!!Ici, rien!! Quelques minutes auront suffi!

 

Après cette formalité nous rentrons donc dans la ville vietnamienne de Lao Cai, avec pour seul objectif de trouver un bus nous menant à Sapa, notre première étape vietnamienne. Après avoir "généreusement" rémunéré un chauffeur de taxi pour nous conduire à la gare routière, nous évitons de "couillonnement" surrémunérer des chauffeurs privés au minibus flambant neuf. C'est dans l'enceinte même de la gare (étant donné qu'il n'y a personne au guichet) que nous trouvons un minibus public sur le point de partir. Le chauffeur accepte de nous vendre 2 billets à un prix plus en rapport avec les prix indiqués dans notre cher routard (50000 dongs, soit 2 euros, pour 30000 indiqués, on s'en remettra!), mais restant sans doute supérieur au prix "vietnamien". 

A nous de nous y faire, c'est comme cela que tout fonctionne ici.

 

1 heure plus tard nous sommes à Sapa, notre petite virée vietnamienne peut commencer...


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Publié à 18:13, le 27/09/2012 dans Au fil des rails, Yunnan Province
Mots clefs : lao caihekoulijiangsapashangri-lakunmingchinetrainsbus


A la rencontre de l'autre Chine

Du 15 au 19 septembre 2012 / Dali / Province du Yunnan / Chine

 

Petites maisons blanchies à la chaux typiques de la région

 

D'autres pays nous attendent et cela fait bientôt 2 mois que nous sommes en Chine. Nous avons essentiellement parcouru la Chine urbaine. Nous ne pouvons quitter le pays sans nous rendre quelques jours dans des régions plus rurales. Même si le taux d'urbanisation du pays est le plus élevé du monde et a d'ores et déjà dépassé les 50% en 2011, plus de 600 000 millions de personnes vivent encore à la campagne. Nous décidons donc de partir une semaine dans le Yunnan, ce qui est peu de temps pour une région d'une telle richesse.

 

 

Le soleil tentant de transpercer les nuages, au dessus des montagnes du Yunnan

 

En premier lieu, richesse des paysages : de la jungle du Xishuangbanna aux campagnes traditionelles du centre, des cultures en terrasse proches de la frontiere vietnamienne aux sommets himalayens du nord ouest à la forte identité tibétaine, le Yunnan se distingue par une diversité topographique exceptionnelle.

 

Par conséquent, la province possède également une grande richesse climatique : tropicale dans le sud, tempérée dans le centre autour de Kunming et Dali, ou glaciale dans le nord, aux abords des hauts sommets, voilà une région qui peut satisfaire tout le monde !

 

Riche aussi par sa diversité ethnique : les Han, ethnie majoritaire de Chine, ne sont pas les seuls dans le Yunnan. En effet, les Hui (Chinois musulmans), sont plus de 500 000 à Kunming. Les Hani, d'origine Tibétaine, sont très présents dans le sud (Xishuangbanna et région des rizières). Les Naxi, 286 000 représentants, d'origine Tibétaine là encore,  sont regroupés autour de Lijiang où ils vivent sous un système matriarcal. Les Daï, adeptes du bouddhisme hinayana (minoritaire en Chine) vivent essentiellement dans les jungles du Xishuangbanna. Egalement présents dans le Yunnan, les Jinuo, les Bulang, et tant d'autres ! En fait, sur les 55 minorités ethniques de Chine, 22 sont présentes dans cette province du sud ouest.

 

C'est à la rencontre des Baï de Dali que nous commençons notre petit périple. Transition facile pour introduire la dernière richesse du Yunnan dont nous vous parlerons (il y en a sans doute beaucoup d'autres, culturelle notamment), la richesse historique ! En effet, pendant 5 siècles, le Yunnan était indépendant, sous royauté Baï. Ce n'est qu'après la chute du bref empire mongol qu'elle devint une province chinoise, en 1274.  

Les Baï sont donc très bien implantées dans la région, et cela se voit. Port des costumes traditionnels et artisanat local illustrent cette identité forte.

 

Femme baï préparant ses spécialités

   

C'est donc à Dali que nous posons nos esprits fatigués après le passage "administratif" de Kunming. La vieille ville de Dali (à distinguer de la ville nouvelle à 30mn de bus, que l'on appelle aussi Dali, mais également Xianguan, allez comprendre ! ) est agréable à parcourir en une demi journée. A condition de sortir des 2 ou 3 rues disneylandesques destinées aux groupes de touristes, l'architecture est bien conservée et authentique, sans rénovation de mauvais goût. L'occasion de croiser des baï en costumes traditionnels, de fouiner dans les petits commerces d'artisanat local et de manger dans les gargottes familiales.

 

Une rue de la vieille ville de Dali

 
 

Femmes du coin dans les rues humides de Dali

 

 Pause cigarette!

 

Exemple de gargottes de Dali avec ses produits frais 

 

 

Dali est une petite ville autour de laquelle de nombreux villages de paysans ont poussé à travers champs. Nous louons des vélos pour la journée et partons à la découverte des campagnes chinoises en remontant la rive ouest du lac erhai vers le nord. Notre objectif : rejoindre le marché de Shaping, à 30 km.

Les cultures se succèdent : riz, blé, tabac... Hommes et femmes, souvent vêtus de la tenue de leur ethnie, cisaillent les plantations à la foscille, transportent leur récolte sur le dos ou à l'aide de petites carioles qui semblent bien lourdes. Les images sont saisissantes et détonnent de la Chine que nous avons vu jusque là. La mécanisation en est à ses balbutiements, pas d'apple store à l'horizon !

 

 

 
Un paysan traînant sa cariole

 

Un paysage typique des campagnes ensoleillées du yunnan

 

Bien sûr, nous trouvons les images magnifiques ! Et elles le sont !

Le travail est dur, les revenus modestes, et il n'y a pas d'âge pour arrêter ! Mais les sourires sont présents sur les visages et personne ne semble mourir de faim. Nous sommes les témoins de nouvelles relations sociales : les gens prennent le temps de se parler, d'échanger, de s'asseoir pour discuter, de rire... Il semble que les individualités ont davantage leur place que dans les grandes métropoles ou elles sont perdues dans la masse.

Plongés dans cette ambiance, remontant les rives du lac au milieu des champs, traversant villages et marchés, cette autre Chine nous donne l'impression d'avoir changé de pays, de continent, de monde. Ce merveilleux dépaysement nous aide à avaler nos 65 km, nous pédalons avec nos yeux et oublions (presque!) la souffrance physique. Devant ces scènes de vie d'une authenticité absolue, une émotion que nous n'avions plus ressentie depuis les steppes mongoles nous guette.   

 

Les récoltes portées sur le dos!
 

Au marché de Shaping, à 30km au nord de Dali

 

Si le formidable développement économique de la Chine a surtout profité à une nouvelle classe moyenne urbaine relativement aisée, les populations des campagnes commenceraient à prendre le train en marche. En effet, selon certaines sources, leurs revenus auraient augmenté plus vite que ceux des "urbains" sur les 2 dernières années (http://www.contrepoints.org/?p=61208)... Le miracle chinois?

Peut être pourront ils investir à l'avenir dans des machines outils et embaucher du personnel afin de s'offrir un peu de repos à partir d'un âge avancé ? Nos belles images disparaîtront peut être... Ainsi va la vie, ainsi va le monde !!

 

 

Lulu dans la boue !!


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Publié à 06:43, le 21/09/2012 dans Chine, Dali
Mots clefs : lac erhaiminorité baïcampagnesdaliyunnanchinevélo


Les batiks indigos du Yunnan

Dali / 19 septembre 2012

 

En se promenant dans Dali, on peut apercevoir un peu partout de grands tissus bleus et blancs en vente. Ce sont les batiks indigos fabriqués par les Baï, une ethnie minoritaire de la province du Yunnan. C'est un artisanat spécifique de la région de Dali. Pour moi c'est le coup de coeur !

 

 

 

 

Nous décidons donc de nous rendre à Zhoucheng, un village Baï à 23 km au nord de Dali, dont la fabrication de ces batiks reste l'activité principale.

 

 

 Femmes baï

 

Après 20 minutes d'errance, nous parvenons à faire comprendre par gestes à un passant que nous souhaitons visiter une fabrique. Il nous amène gracieusement chez un proche, un vieux monsieur usé par le travail, qui fabrique de beaux tissus dans un petit atelier avec sa femme. Super moment !

 

Les explications techniques sur la fabrication ne sont venues que plus tard grâce à internet...

 

Tout d'abord, il faut dessiner les futurs motifs au feutre sur le lin vierge. Cela représente les zones qui doivent rester blanches.  

 

 1ère étape, dessiner les zones à isoler

 

Ces parties sont isolées par un tissage très serré ; à la fin cela donne presque une boule de tissu, et tout est fait entièrement à la main ! 

 

photo extraite de http://membres.multimania.fr/elisapassions/BATIK.htm

 

Ces "boules de tissu" sont ensuite trempées dans des bacs contenant de l'indigo. Cette couleur bleue est obtenue à partir de l'indigotier, un arbuste qui pousse dans les zones tropicales et tempérées de l'Asie et de l'Afrique.

 

 Cuves d'indigo 
  
 
 
Ensuite il faut bien laisser sécher !
 
 

Enfin il faut tout découdre, et le  tour est joué ! De nombreux batiks sont ensuite agrémentés de fils blancs surbrodés pour souligner le motif. Ici encore, tout est fait main.


 
 
 
 
 Nous n'avons pas résisté, nous sommes repartis avec notre petit souvenir !!

 


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Publié à 04:16, le 21/09/2012 dans Chine, Dali
Mots clefs : zhouchengdalibaïyunnanbatikschineindigoartisanat


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Qui suis-je ?


Prendre le temps. Prendre le temps avec les gens, avec la vie, avec nous-même. Prendre le temps de découvrir des cultures, des langues, des coutumes. Prendre le temps d'apprendre des autres, d'apprendre à se débrouiller dans un environnement totalement inconnu, d'apprendre sur soi. Pour prendre ce temps, quel meilleur moyen que de se déplacer en train depuis Paris jusqu'au bout de l'Asie...

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